Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !
Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas autant marré en lisant une BD ! Délaissant pour un instant mes gugusses
hyper-stéroïdés en collant préférés, je suis tombé sur cette petite BD sortie il y a peu, aux éditions Fluide Glacial. Le titre Amour, Passion & CX diesel m’ayant directement accroché l’œil, j’ai tenté l’aventure, et bien m’en a
pris !
Dans Amour, Passion & CX diesel, on nage en plein soap américain mâtiné de beaufitude franchouillarde. Ou
peut-être est-ce l’inverse. Bref. Harold Gonzalès le patriarche est atteint de la maladie d’Alzheimer et dans la famille la question de la succession vient à se poser. Se poser
avec d’autant plus de fébrilité que le joyau familial, la CX diesel paternelle, est en jeu. Sur les rangs il y a Brandon l’aîné et son épouse Jessifer enceinte
jusqu’aux dents. Il y a Bill le cadet, Pamela leur sœur et son mari Tony, et enfin Jean-Mortens le benjamin. Chacun va jouer
serré et les fins stratèges vont s’engager dans une lutte d’influence pour atteindre le but ultime : être couché sur le testament d’Harold comme récipiendaire de la CX. Mais au complot
familial qui se trame, viennent se greffer d’autres intrigues tout aussi décoiffantes : Que cache le goût immodéré de Jean-Mortens pour la paella ? Qui a dessiné au feutre sur la
portière de la CX ? Qui est le père du fils de Brandon ? Pamela simule-t-elle ?… les mystères planent et la fratrie se déchire. La famille Ewing n’a qu’à bien se tenir, son univers
impitoyable ne vaut pas tripette à côté de ce qui se joue ici…
Dans le genre délirant, c’est tout simplement savoureux ! Fabcaro au scénario mitonne une succession de
gags en demi-planches aux petits oignons. Des répliques irrésistibles parsèment des dialogues excellents, l’absurde côtoie l’hilarant et les personnages sont totalement décalés et figés dans un
univers tout droit sorti des soaps américains des années 80. Aux dessins James ajoute à la drôlerie des histoires grâce à ses personnages très expressifs et les couleurs de
BenGrrr renforcent l’aspect fashion-eighties des protagonistes.
J’ai particulièrement aimé Tony le loser alcoolique à la recherche d’un emploi, Jessifer la salope qui se tape tout ce qui
bouge, Brandon qui gère de main de maître le Chunga Night sa boîte de nuit hyper-tendance, et surtout, surtout Harold le père de famille complètement à côté de la plaque mais qui reste pourtant
le plus lucide de tous ! Dans cette famille de débiles profonds la palme de la bêtise est très disputée, et c’est justement ce qui rend cette BD géniale à mes yeux.
Du début à la fin je me suis bidonné. J’espère bien que les auteurs nous gratifieront d’un second tome, parce que ça fait du
bien de se prendre une bonne rasade de conneries de première classe en pleine poire, ça change et ça agite les zygomatiques. Encore !!!
Je crois déjà vous avoir expliqué ici les diverses manières dont je choisis les livres que je lis. Les conseils, les
références glanées dans d’autres lectures, les auteurs que j’aime particulièrement, le thème accrocheur ou un titre évocateur... et la plus fantaisiste de toutes : la couverture qui
m’attire. Avec ce livre, Les vrais durs ne dansent pas de Norman Mailer, j’ai été de suite séduit par la couverture. Nonchalance, décadence, ridicule guindé et assumé,
esthétisme douteux : le personnage représenté en couverture est tout cela et bien plus encore. Le bouquin m’avait parlé et dit beaucoup de choses avant même que je ne le prenne en mains. Et
puis ce titre qui ressemble à un dicton populaire bien macho... Intrigué, je m’approche et je vois le nom de l’auteur. Je savais déjà que j’allais repartir avec ce livre sous le bras. Le nom de
Norman Mailer avait fini de me convaincre. Un grand nom de la littérature américaine dont j’ai souvent entendu parler sans jamais n’en avoir rien lu, je me suis dit que l’occasion de
combler cette lacune était parfaite.
Dans Les vrais durs ne dansent pas, qui voit son intrigue se dérouler à Provincetown, une ville côtière
retirée et abandonnée des touristes pendant la saison morte, on suit les pérégrinations hautes en couleurs d’un écrivain raté amateur de femmes et de bourbon, Tim Madden. Sa
femme, Patty Lareine est partie voici déjà 24 jours avec son amant, un grand black gaulé comme un apollon. On fait la connaissance de Tim Madden alors qu’il se réveille d’une
soirée trop arrosée, le crâne dans un étau et plus grave, la mémoire mitée de trous béants sur ce qu’il a fait la veille. Rien que de très banal pour Tim, sauf que ce matin là il découvre un
curieux tatouage sur son bras, une marre de sang dans sa voiture et la tête d’une belle blonde enterrée dans sa planque à cannabis ! Tim va se lancer dans une enquête dont il est le premier
suspect : a-t-il tué cette inconnue pendant ces heures sombres dont il n’a plus aucun souvenir ? Dans sa quête, Tim Madden va composer avec la police locale et Regency
son chef aussi inquiétant qu’énigmatique, chercher des informations auprès de ses habituels compagnons de beuveries avec lesquels il entretient des relations pas forcément très amicales, tenter
de retrouver sa femme fugueuse, tomber sur une ancienne maîtresse jamais oubliée et l’ex-mari homo refoulé de sa femme... Un sac de noeuds où personne n’est ce qu’il semble être au premier abord,
et dont Tim Madden, en bon irlandais de New-York qui a déjà connu la taule, va tenter de s’extirper en trouvant la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit là...
Alors plusieurs choses à propos de ce livre. Avant tout je l’ai trouvé lent à démarrer, ce qui peut paraître paradoxal vu qu’on est d’entrée plongé en plein milieu de
l’intrigue principale. Norman Mailer prend son temps pour planter son décor, ses personnages et dérouler son intrigue. Et ce temps m’a paru long... non pas inintéressant, mais j’avais la
sensation diffuse que l’intrigue n’avançait pas suffisamment vite. On suit en permanence les pensées du personnage principal, ce que j’ai trouvé plutôt bien vu, cela permet au lecteur de se
sentir plus impliqué dans l’histoire, et de découvrir en profondeur le personnage de Tim, ses pensées secrètes, ses réflexions qu’il garde pour lui. Mais cela ralentit indéniablement le rythme de
l’histoire. Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà alors que j’écris cet article, mais dans mon souvenir il me semble qu’une bonne moitié du bouquin passe avant qu’on ait réellement le
sentiment d’avancer dans la résolution de l’intrigue. Cela dit, comme tout bon polar qui se respecte, la lumière ne se fera qu’à la fin, la vérité se dévoilant par petits bouts
seulement.
Il faut dire également que Norman Mailer ne se cantonne pas à nous livrer un polar bien ficelé, son livre est aussi un
portrait sans concession d’une Amérique des années 80 pas très glamour, où les hommes sont pris dans leurs contradictions, comme encore engoncés dans les vestiges des années fastes des décennies
passées (certains personnages ont de forts relents des années 50 et 60), faisant de la résistance passive au monde moderne. Il est avant tout question dans ce bouquin des hommes, des vrais
hommes, les « durs » du titre. Tim Madden, tout m’enfoutiste qu’il se donne l’air, est en perpétuel équilibre instable pour parvenir à rester sur cette ligne trop floue imposée par son
imaginaire, celle qu’il veut suivre et qui le désignerait selon lui comme un dur justement. C’est ce qu’on comprend très clairement dès lors qu’intervient le personnage phare (selon moi) du
roman, le père de Tim, ancien barman irlandais au caractère bien trempé, très old-school (avec tout ce que cela inclut d’âpre mais de séduisant). Le rapport entre les différents personnages est
l’un des points forts de l’auteur, et c’est dans ce rapport père-fils que l’on atteint le coeur et la gravité du personnage par ailleurs un peu fantasque de Tim. Si un certain Freud nous serine
depuis le siècle dernier qu’un homme se détermine inconsciemment dans ses rapports à sa mère pendant l’enfance, Norman Mailer quant à lui montre à quel point c’est face à son père qu’un homme se
définit en tant qu’adulte, et pour ma part je suis plus enclin à suivre l’écrivain américain dans sa démonstration que le psychanalyste autrichien...
Si j’ai aimé ce livre, c’est justement pour ses personnages truculents, bien plus que pour l’intrigue et sa résolution
finale. Mais ma lecture a été lente, je n’ai jamais été happé par l’histoire, je n’ai jamais ressenti ce besoin impérieux de connaître la fin avant de pouvoir lâcher le livre. Mais cette lenteur
relative, ce manque de rebondissements inattendus qu’on pourrait reprocher au roman, sont largement compensés par une écriture magistrale. Norman Mailer est connu et reconnu comme un écrivain de
premier ordre et ça n’est clairement pas une réputation volée ! J’ai trouvé dans les tournures de phrases, les dialogues, l’humour noir en filigrane tout au long du récit, une classe, un art
consommé de raconter, une maîtrise parfaite des mots et des images qu’ils évoquent. Ce type a une plume géniale, jubilatoire. Pour son style et son talent à donner vie à des personnages forts et
touchants, j’ai adoré Norman Mailer. Et même si Les vrais durs ne dansent pas ne m’a pas totalement emporté, je note pour le futur (quand j’aurai un peu avancé mes lectures, et surtout
quand j’aurai trouvé le courage de m’attaquer à un pavé de 1500 pages) sur ma liste d’ouvrages à lire celui que tout le monde s’accorde à décrire comme son chef d’oeuvre, Le Chant du
Bourreau.
En attendant, je vais essayer à l’occasion de voir le film que Mailer a lui-même réalisé en 1986 à partir de son roman, et
qui avait en son temps me semble-t-il été présenté au festival de Cannes. Si quelqu’un sait où je peux trouver la version cinématographique de Les vrais durs ne dansent pas, je suis
preneur !!
Vous allez finir par croire que je ne regarde quasiment plus que des adaptations de BD en guise de films. Vous n’aurez pas
tout à fait tort. D’ailleurs, dans ma filmothèque il y a une étagère uniquement consacrée à ça. Oui, je suis le
roi du classement de dvd. Oui, j’ai un système de classement un peu à part. Non, je n’ai pas toujours bon goût.
Ceci étant dit, j’ai pioché dans mon étagère le blu-ray (parce que oui, il faut se tenir à la pointe du progrès) de la très
récente adaptation du comic éponyme de chez DC, Jonah Hex (pas sorti en salle en France, après un bide fracassant aux USA). Du personnage de papier, je n’avais jamais rien lu avant
l’année passée quand Panini, fort à propos, a sorti des recueils consacrés au cow-boy défiguré dans sa collection DC Big Books. Jonah Hex c’est
un dur de dur, un chasseur de primes qui se promène en tunique grise des sudistes de la guerre de sécession, une moitié de la face complètement refaite au fer rouge et avec pour meilleurs (et
seuls) compagnons ses flingues. Jonah Hex c’est une légende de l’Ouest, le type que personne ne veut rencontrer, le beau gosse dont on voit une partie de la mâchoire à travers ce qui lui reste de
joue, un tireur d’exception, un bagarreur qui ne craint rien ni personne, un suicidaire au cuir tanné par le soleil et dur comme la pierre. Un type à la morale fluctuante, qui n’a que deux
objectifs dans ce qui lui tient lieu de vie : gagner le fric que peut lui ramener un contrat sur la tête d’un fugitif et qu’on lui fiche la paix. Inutile d’essayer de sympathiser avec lui,
de l’attendrir ou de le séduire : Jonah Hex n’est ni sympathique, ni sentimental et n’en a rien à cirer du monde qui l’entoure. On peut dire sans trop risquer de se tromper, que Jonah Hex
est juste un fou dangereux qui par chance pour la population du grand Ouest américain a décidé de se faire chasseur de primes plutôt que mercenaire.
Sévèrement secoué, Jonah Hex l’est sans l’ombre d’un doute. À ce titre d’ailleurs il dénote dans le paysage habituel des
héros de comics. Impossible de le trouver attachant, impossible de s’y identifier, question sensibilité et humanisme il ferait passer le Punisher pour une fillette pleurnicheuse.
Il n’y a objectivement rien pour en faire un héros à proprement parler : ni sa gueule d’amour ni ses motivations et encore moins ses actes. Il est l’incarnation ultime de l’aspect le plus
noir du rêve américain : « démerde-toi et fais pas chier ou prends ça dans ta gueule ».
Enfin ça c’est la version comics.
Parce que forcément, pour le passer sur grand écran, le personnage a été très, très, très édulcoré. D’abord on l’excuse dès
le départ d’avoir pêté un boulon en lui faisant subir un traumatisme originel : sa famille est brûlée vive par un foutu salopard pendant la guerre de sécession, et lui se retrouve
affreusement défiguré par la même occasion (rien à voir avec ses origines dans le comic).
Ensuite, Jonah Hex (Josh Brolin) est présenté comme un dur à cuire et un solitaire, mais pas du tout comme un fou sanguinaire. D’ailleurs il se permet même d’entretenir une
liaison (gratos) avec Lilah (Megan Fox) une des plus belles prostituées du coin, ce qui prouve bien que tout meurtri qu’il est le garçon garde un cœur (et se
tape une bombasse au passage malgré sa gueule en vrac, vous pouvez donc l’admirer chers spectateurs lambda mâles). Et puis comme tout ça n’est pas assez, et que le film est estampillé
« adaptation de comics » j’imagine que les scénaristes ont dû se dire que ce serait bien de lui coller aussi un super-pouvoir. Comme ça en plus ça sera l’occasion de placer de jolis
effets spéciaux qui en jettent dans le film, c’est toujours ça de pris pour masquer le scénar à deux balles qu’ils ont pondu à côté. Donc Jonah se retrouve affublé du pouvoir de ressusciter les
morts quand il les touche (ce serait pas piqué de Pushing Daisies ça par hasard les gars ?), le temps de leur soutirer quelques informations utiles et de les faire encore un peu
jongler (car ils revivent l’espace d’un instant mais brûlent de l’intérieur) avant de les renvoyer en enfer définitivement (on appelle ça une double peine non ? enfin on s’en fout ils l’ont
bien mérité de toute façon). Bref, tout ça pour montrer un Jonah Hex mandaté par le président des États-Unis d’Amérique en personne pour retrouver et empêcher de nuire l’ignoble Quentin
Turnbull (John Malkovich), un renégat qui ne s’est jamais remis de la défaite des états du Sud et est devenu l’ennemi public numéro un.
Un terroriste cruel (histoire de le rendre encore plus détestable) qui a développé une nouvelle arme de destruction massive (ça vous rappelle des trucs ? pourtant je confirme qu’on est bien
sensé être dans un western. Si, si.). Ah et puis ça tombe bien, il se trouve que c’est lui aussi qui a massacré la famille de Jonah et défiguré le cow-boy. Sans compter qu’il a enlevé Lilah
l’infâme salaud ! Bref, Jonah Hex va pouvoir se lâcher, et combiner l’utile à l’agréable, puisqu’il est chargé de sauver le monde libre (comprenez les USA) tout en se vengeant d’un méchant
qui le mérite bien.
Bon, mon résumé est certainement un chouïa orienté vers la critique négative, ça n’aura pas échappé à mes lecteurs qui sont
fins psychologues. Mais si, mais si, pas de fausse modestie, vous êtes fins, géniaux et intelligents amis lecteurs. Et beaux aussi. Et incroyablement sexy. Non ceci n’est pas du racolage actif,
juré. J’admire avec sincérité tous ceux qui me lisent encore !
Bref, qu’est-ce que je disais… ah oui ! vous aurez donc détecté dans mon ton un brin moqueur que je n’ai pas trouvé le
film réalisé par Jimmy Hayward (inconnu au bataillon) très satisfaisant (vous avez vu, la langue de bois je sais faire aussi). Au point que je ne sais pas trop quoi dire d’autre
à son sujet. De positif j’entends. Parce que je pourrais aussi préciser que dans le genre western on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent, c’est plutôt tourné à la façon film d’action
donc les amoureux des films de genre qui font la part belle aux garçons vachers n’y trouveront pas leur compte non plus. Je pourrais également pester sur la frilosité qui habite le film, aussi
bien sur le plan de la violence (je m’attendais à quelque chose qui décape de la part d’un film mettant en scène Jonah Hex au lieu de quoi on est en plein pop-corn movie) que du sexe (c’est bien
la peine de coller Megan Fox dans le rôle de la fille facile si elle reste aussi prude à l’écran), on passera évidemment sous-silence l’aspect subversif qu’aurait pu avoir le film si on avait un
minimum respecté l’esprit du personnage.
Ah tiens une remarque au passage, vous y croiserez dans le rôle (court) du fils de Turnbull l’acteur Jeffrey Dean Morgan, qui commence lui aussi à se faire une petite collection d’adaptation de comics à l’écran après Watchmen et The Losers. Bon allez, je vais pas être chien, histoire de dire quelque chose de positif sur le film, les
effets spéciaux assurent, c’est très joliment fait pour peu qu’on ne soit pas allergique aux effets numériques, ça va sans dire. Oui je sais ça fait léger, mais je fais ce que je peux
hein.
Non bon, en gros ils auraient mieux fait de s’abstenir plutôt que de produire un tel film. Ou au moins l’appeler autrement.
Quitte à ne rien garder de la BD Jonah Hex, autant virer le nom aussi, histoire de ne pas ôter l’envie à ceux qui ne le connaissaient pas de le découvrir en comics. Non pas que je sois
un fan inconditionnel du comic book, que je trouve pas mal (surtout pour les différents styles graphiques qu’on peut y trouver) sans plus, mais juste par souci d’honnêteté envers le matériau
d’origine. Dommage, le potentiel était là pourtant.
Il y a quelques temps déjà j’avais fait un article sur Le Koala Tueur de Kenneth Cook. Ce recueil de nouvelles m’ayant plutôt plu à l’époque, c’est
sans hésitation que j’ai acheté La Vengeance du Wombat, du même auteur et reprenant la même formule. À savoir une suite de nouvelles qui prennent place dans l’outback australien pour la
plupart, et mettant en scène l’auteur face à la faune, la flore et les habitants de l’île-continent, le tout sur un ton résolument tourné vers l’humour.
Eh bien je n’ai pas été déçu avec cette suite qui n’en porte pas le nom. C’est toujours bien écrit, assez drôle,
souvent étonnant, parfois inquiétant. Si l’on en croit toujours l’auteur, tous ces récits sont des histoires vécues par lui. Histoires tellement abracadabrantes qu’il a abandonné l’idée de s’en
servir dans un de ces romans, de peur qu’on lui reproche d’inventer des histoires trop exagérées ! Comme c’était déjà le cas pour Le Koala Tueur, si je veux bien croire en un fond de vérité pour les nouvelles qui
forment cette Vengeance du Wombat, je soupçonne tout de même Kenneth Cook en roublard qu’il est d’avoir su broder juste ce qu’il faut autour de ces histoires vécues pour leur donner le
cachet et la saveur qui les rendent si agréables à lire.
Si tous les récits ont en commun un ton très détaché et drôle qui a pour but de tourner en dérision le narrateur
(c’est-à-dire l’auteur lui-même), certaines situations ont des circonstances ou des conclusions que j’ai trouvées plus sombres que dans le premier recueil. Et Cook dans ces cas là sait noircir
son humour…
Dans tout recueil de nouvelles, certains récits sont plus forts que d’autres, plus marquants ou plus intéressants. Je
retiendrais plus particulièrement N’essayez jamais d’aider un kangourou, Le quokka tueur ou Espèce dangereuse dans le genre loufoquerie bien sentie. Mais il y a
également des récits tout aussi étonnants dans leur déroulement mais carrément plus flippants si on se dit qu’en effet il s’agit d’une histoire vraie, Qui veut acheter une grenade ?Chasseurs de buffle ou encore Attention : koalas explosifs laissent songeurs quant à la santé mentale et l’état d’esprit des australiens (des aborigènes comme des
blancs)…
Reste en fin de recueil une histoire, Comment ne pas payer ses impôts, qui si elle est véritablement exacte, me
sidère tant elle illustre ce qu’on pourrait nommer l’ironie du sort dans toute sa splendeur. Un truc à se les hacher menues et se les bouffer en salade vigneronne. Une histoire de pognon d’un
cynisme assez poussé, que je suis bien tenté de croire finalement, tant elle semble hors de proportion…
Pour conclure, je conseille la lecture de La Vengeance du Wombat à celles et ceux qui cherchent une lecture facile
d’accès, rafraîchissante, drôle et agréable. Ça se lit bien, ça se lit vite, c’est bien sympa en somme.
Ouch. Ça fait un bail que j’ai pas posté
d’article sur une BD ici. Alors que c’est ce qui me nourrit le plus, culturellement parlant, depuis que je sais lire. J’en ai lu des trucs bien, des trucs excellents, des trucs grandioses ces dernières années. Mais j’ai choisi de vous parler
de X-Men : Jeunes Filles en Fuite. Je sais, je suis difficile à suivre par moment. Parce que malheureusement je ne pourrai pas en faire l’éloge, dieu sait que j’aurais pourtant bien aimé. Mais malgré toute la
mauvaise foi dont je sais parfois faire preuve, malgré tout l’aveuglement qui me pousse à aimer contre l’avis général et le bon goût institutionnalisé des œuvres un peu à part, malgré mon manque
d’objectivité dès lors qu’un artiste que j’aime particulièrement est en cause… malgré tout ça je ne peux pas vous dire que ce comic est bon.
Pourtant ce sont les X-Men. Mieux : les X-Women, et pas des moindres. Pourtant c’est
Chris Claremont qui écrit, le scénariste emblématique qui a mené les X-Men au firmament des comics dans les années 80. Pourtant c’est Milo Manara qui dessine, LE
maître italien du de la bande dessinée et de l’érotisme soft et classe. Bref, théoriquement ça avait tout pour plaire. Et la préface dithyrambique de Joe Quesada (le rédacteur en
chef de Marvel) laissait présager du tout meilleur. Ben non. Que dalle. Peau d’couille. Nada.
En gros je vais vous résumer quand même. Les femmes de l’équipe des X-Men (il y a là : Tornade,
Psylocke, MarvelGirl, Malicia, et Kitty Pride) partent en vadrouille en Grèce, histoire de prendre un peu de
vacances, elles le méritent bien faut dire. Sur place l’une d’entre elles, Marvel Girl, est kidnappée. Les autres partent à sa recherche et leur enquête les mènent à Madripoor (une île imaginaire
d’Asie, sorte de Singapour du Marvelverse). Après avoir perdu leurs pouvoirs (la faute à la baronneKrieg qui a également kidnappé Emma Frost
pour mener à bien son plan machiavélique… argh), les X-Women tombent entre les mains de pirates, qui en font leurs esclaves (re-argh)(tu me diras quand tu vois les donzelles, tu peux comprendre).
Mais de mystérieux hommes armés essaient d’éliminer les pirates, qui vont devoir s’associer aux X-Women pour en venir à bout (re-re-argh). Tout cela se termine par la résolution d’un complot
mondial qui devait aboutir à une guerre indo-chinoise (fin du calvaire).
Voilà. Ça fait peur, je sais. Et encore j’ai essayé de vous ménager hein. Je n’ai pas parlé des problèmes de couple du chef des
pirates, ni du passage où le bateau des filles est pris dans une immense chute d’eau dont elles se sauvent grâce à une liane bienvenue. Faut dire qu’elles ont la bonne idée de tomber l’une après
l’autre afin que Kitty Pride les rattrape et les sauve à tour de rôle. À ce niveau là d’indigence, on ne peut même plus vraiment parler de scénario. C’est pourquoi je passerai sous silence les
ellipses monumentales et les incohérences de Claremont. Le coup des pouvoirs annulés je veux bien, mais quand ça ne s’applique qu’à certains personnages (les X-Women) et pas à d’autres (le chef
des pirates), je ne comprends plus trop. Mais bon, passons. Comme dit, on n’est plus à ça près. On a qu’à combler les trous nous-mêmes, un peu d’imagination bordel.
En revanche qu’est-ce que c’est beau. Milo Manara n’est pas adulé pour rien, et il le démontre encore une fois ici. Chaque planche est somptueuse, et il se fait bien plaisir avec les
super-héroïnes qu’il met en scène. Faut dire qu’il a du potentiel à exploiter : une black, une asiatique, une rouquine, une blonde incendiaire, Malicia et son air de pas-y-toucher et la
brunette Kitty Pride qui prend les traits classiques des héroïnes standardisées made in Manara.
Bon, je sais que Manara n’a pas été embauché pour rien, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire en regardant ses dessins,
qu’en fin de compte les X-Women sont une belle bande de coquines fieffées salopes (‘scusez le langage hein, mais appelons une chate une chate). Entre poses suggestives, tenues
ultra-courtes, rapprochements saphiques et allusions sexuelles explicites, Manara s’est fait plaisir mais il n’a pas fait dans la dentelle. Je ne vais pas jouer au choqué (bien au contraire, je
ne lis pas Manara pour ses décors architecturaux hein), c’est juste que ça m’a fait bizarre de voir ces super-héroïnes dans un contexte pareil. J’avais presque l’impression de voir un
détournement grivois comme on en voit parfois quand Popeye se tape Olive ou Tintin se fait Milou. Bon j’exagère peut-être
un tout petit peu, mais franchement, on n’en est pas si loin que ça. En plus classe et plus sexy, mais le sentiment général est là. Quand on regarde les planches de ce comic, on se dit clairement
que chacune des héroïnes aurait sa place en guest star d’un film estampillé Marc Dorcel. Faut dire aussi (et c’est pas nouveau) que dès que Manara dessine une femme avec la
bouche ouverte on a l’impression qu’elle est à deux doigts (vous prendrez bien un peu de whisky Odile ?) de l’orgasme. Et quand on associe ça au scénario à deux balles qu’a
pondu Claremont, moi j’ai cru me retrouver devant un téléfilm érotique de deuxième partie de soirée sur NT1. Remarquez, d’habitude dans les comics les héroïnes sont peut-être
plus prudes mais arborent des nibards siliconés qui les empêchent de refaire leurs lacets de chaussures (d’où leurs bottes soit dit en passant – tout s’explique toujours hein, c’est
hyper-cartésien les comics en fait). Là au moins avec Manara on a droit à un peu plus de crédibilité, dans les proportions anatomiques j’entends, à défaut d’autre chose.
Alors voilà, je ne peux pas dire que ce comic est bon, définitivement pas. Mais malgré tout… ce que j’ai lu ne m’a pas plu mais ça m’a plu de le lire (soupirs d’incompréhension dans la foule de mes
lecteurs interloqués). Un peu comme un petit plaisir inavouable. Mais je ne saurais vous le conseiller. Sauf peut-être à un ou deux pervers notoires qui lisent ces lignes. Si, si, il y en a. Je
les connais. Je cherche comment clore ce billet et résumer en une phrase ce que j’ai pensé de X-Men : Jeunes Filles en
Fuite… tiens je crois que j’ai trouvé : Qu’est ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais
qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce
que… (ad libitum)
Allez on reste dans les adaptations de BD au cinéma, mais on change de continent. Pour une fois ce n’est pas un comic qu’on
retrouve sur grand écran, mais une BD française, Les Petits Ruisseaux (sous-titré sex, drug and rock’n’roll) de Pascal Rabaté, qui a lui-même pris le soin de
réaliser le long métrage d’après son roman graphique.
Alors changement de
genre, changement de décor et de style de personnage aussi. Ici pas de super-héros en collants, pas de super-espion en colère, pas de super-soldat en goguette. Non, ici le héros se nomme
Émile (Daniel Prévost), septuagénaire veuf et sans permis, qui partage son temps entre les parties de pêche quotidienne avec son ami Edmond
(Philippe Nahon) et le petit canon de rouge au Pénalty, le bar-PMU du village, en compagnie de leurs collègues de bistrot. Le temps s’écoule comme les eaux de la Loire, calmement
et inexorablement. Un jour, Edmond avoue à Émile qu’il entretient en secret une vie amoureuse et sexuelle par l’intermédiaire de petites
annonces et d’un club de dancing. Il lui montre également son péché mignon : le gaillard aime à peindre des femmes nues pendant ses loisirs (dont il trouve les modèles dans Playboy
et consorts…). Quand Edmond meurt, Émile rencontre Lucie (Bulle Ogier) l’amante de son compère. Il lui prend alors des envies de changer son quotidien. Des
envies de bouger, des envies d’aimer, des envies de jeunesse… C’est à bord de sa petite voiturette sans permis qu’il va partir à l’aventure…
Pascal Rabaté reprend ce qu’il avait déjà très bien développé dans sa bande dessinée et le transpose au cinéma. Et ça marche
plutôt bien ! Il mélange et alterne avec talent situations cocasses, passages mélancoliques, petits plaisirs savoureux, moments touchants et ceci avec un naturel confondant. Bien entendu, il
est grandement aidé dans sa tâche par les comédiens, qui sont tous parfaits dans leurs rôles. Quel bonheur de voir Philippe Nahon sortir de son registre habituel de salopard et de méchant de
service ! on se marre bien avec Edmond, il sait vivre le bougre ! et puis les potes de bistrots sont truculents, depuis Gérard (l’inimitable Bruno
Lochet) jusqu’au patron de bar (Charles Schneider), en passant par le charcutier et le poissonnier… Côté jeunots on notera surtout Julie-Marie
Parmentier dans le rôle de Léna, une jeune hippie que Émile va croiser sur sa route.
Et puis bien entendu, il y a Daniel Prévost, génial papy qui apprend à revivre des sensations depuis trop longtemps oubliées.
À l’extrême opposé du registre dans lequel on a l’habitude de le voir, alors qu’à l’accoutumée il fait le clown et le pitre, toujours dans l’exagération et jouant souvent trop de sa voix unique
et de son rire bien spécial, dans le rôle de Émile il est surprenant de calme, de lenteur, de justesse. Il n’en fait ni trop ni pas assez, il est juste excellent. Que ce soit pour aller se baquer
à poil dans la rivière, se déhancher sur le dance floor d’un club du troisième âge ou fumer un bédot avec un jeune hippie autour d’un feu de camp, Prévost trouve le ton juste à chaque fois et on
ressort du film avec une idée entêtante et le sourire. L’idée, c’est qu’on peut continuer à vivre malgré la vieillesse. Que tant que le corps accepte de bouger pour nous mener où on en a envie,
le reste ne dépend que de notre tête.
Car oui, quand on est vieux on n’attend pas juste de mourir. On a aussi des envies, on rit, on sait s’amuser, on baise, on
aime et tant pis pour les tabous. Dans ce film tout est montré simplement, rien n’est caché, on touche à des sujets pas souvent abordés au cinéma tels que le sexe par exemple (je m'entends : le
sexe du troisième âge hein) et on se fiche pas mal des conventions morales et esthétiques qui sévissent habituellement dans ce domaine. Sans choquer d’ailleurs, juste avec beaucoup de naturel et
de sincérité.
Émile réapprend l’essentiel alors que la plus grande partie de sa vie est derrière lui, et tout en suivant ses pérégrinations
on ne peut s’empêcher de penser que grâce à des films tels que celui-ci, des personnages tels que ceux-là, on a un peu moins peur de vieillir. Ça déplaira peut-être à quelques esprits chagrins
qui trouveront toujours à redire, car oui évidemment le réalisateur a choisi de nous montrer une vision positive de la vieillesse, mais c’est un beau film, vecteur d’un beau message, empli de
joie et d’optimisme sans pour autant se voiler la face. Oui, vraiment, Les Petits Ruisseaux est un chouette petit film (et j’en ai tout autant pour la BD), drôle, frais et qui fait du
bien au moral.
Il se pourrait bien que prochainement ce blog prenne une coloration plus cinématographique… en effet je lis moins vite que je
ne regarde des films. Certes ça fait un moment que je ne suis pas allé au cinéma, mais en ce moment ça y va à la manœuvre entre dvd, bluray, Canal+ : je vois plein de trucs, et pas mal
d’intéressants en plus. Ça plus le fait que j’essaie de lire un peu plus de bd aussi, ça me donne moins de temps pour les romans. Les vases communicants quoi.
Enfin bon bref, aujourd’hui : The Losers. En plus ça fera d’un article deux thèmes puisque c’est
(encore) une adaptation d’un comic de chez Vertigo (la branche indépendante / adulte de DC Comics).
J’avais entendu l’annonce de sa version ciné il y a plus d’un an, puis les premiers teasers sont apparus sur le net, et ça
laissait présager d’un petit film d’action sympa. Ayant lu entre temps les deux premiers tomes sortis en Big Books chez Panini (le troisième et dernier sort en mars 2011
d’ailleurs) je me disais que ça pourrait le faire sur grand écran. Alors j’attends la date officielle de sortie et puis rien. Je me dis « bah, ce genre de film ferait un très bon film
d’action à sortir en été, c’est sûrement pour ça que les distributeurs attendent encore un peu ». L’été arrive et toujours rien. Enfin non pas exactement rien, puisque sort à cette période
une autre adaptation, celle de L’Agence Tous Risques. Dont le scénario de départ est très proche de celui des Losers (du moins c’est ce que j’ai cru comprendre, n’ayant pas
encore vu L’Agence Tous Risques pour l’instant). Dès lors pas de mystère : deux films au sujet très proche, l’un qui adapte une série à succès des années 80, l’autre un comic sorti
confidentiellement en France. On sait d’avance lequel va s’effacer devant l’autre. C’est donc un peu dépité que j’ai attendu la sortie en Bluray des Losers pour pouvoir enfin le
voir.
Le comic d’origine, écrit par Andy Diggle et dessiné par Jock est franchement réussi. Il met en scène une équipe de soldats d’élite des forces spéciales qui
interviennent en sous-main pour le compte de la CIA à l’étranger. Des mercenaires oui, mais pas n’importe lesquels. Des gars qui ont une morale, un sens de l’honneur et de la jugeote. Pas des
barbouzes de bas niveau. Pourtant ils vont être envoyés sur une mission qui va mal tourner, et au cours de laquelle l’agence, sous l’influence d’un énigmatique commanditaire qui répond au nom de
Max, va tenter de se débarrasser d’eux. Passant pour morts, c’est en ménageant l’effet de surprise que l’équipe des Losers va partir en guerre contre son ancien employeur. Pour
rétablir leur honneur et régler les comptes qui restent non-soldés…
Le film reprend en gros la même trame. Les personnages sont tous bien là. Il y a Clay (Jeffrey Dean
Morgan) le chef, Roque (Idris Elba) son bras droit, Pooch (Columbus Short) expert en armes et pilote tête-brûlée,
Jensen (Chris Evans) petit génie de l’informatique et de l’intrusion et Cougar (Oscar Jaenada) le tireur d’élite du groupe. Le
groupe de mercenaires va trouver en la très belle et très fatale Aisha (Zoe Saldana) une alliée de charme et de choc. Et côté méchant c’est Jason
Patric qui interprète un Max tout en froideur dans la folie et la mégalomanie.
C’est un certain Sylvain White qui réalise, à ma connaissance le type n’a rien de fait de bien transcendant
avant ça si j’en crois sa filmographie. Pour autant le film n’est pas mal du tout. Pas trop original certes, vu qu’on sent bien les influences esthétiques et techniques du réalisateur. De belles
images assez flashy dans l’ensemble, des mouvements de caméra, des ralentis, des effets qui rappellent tantôt le Watchmen de Zach Snyder tantôt le Wanted de
Timur Bekmambetov… le tout servi sur un tempo assez soutenu et moult effets spéciaux et pyrotechniques. Autrement dit si c’est un film d’action bien troussé qu’on est venu voir
on en a pour son argent même si il est vrai, ça ne va pas chercher non plus beaucoup plus loin. Le réalisateur ne fait pas dans la grande originalité, mais c’est efficace et plaisant à
regarder. Certaines scènes sont repiquées quasiment telles quelles sur le comic book d’origine, je pense particulièrement à celle, qui
plus est très réussie d’ailleurs, où Jensen va voler en duo avec Cougar des données informatiques dans un building très surveillé. Chouette idée et chouette résultat en images, fun et
original.
La scène du "pouvoir télékinésique" version comic, puis version ciné : Les acteurs quant à eux semblent bien s’amuser et se lâchent, certains en font même des tonnes dans leurs registres
respectifs : le cinglé bien cruel et propre sur lui ? Jason Patric. Le ténébreux mal rasé mais bien sapé qui emballe l’air de rien ? Jeffrey Dean Morgan (qui jouait déjà le beau
gosse dans Grey’s Anatomy et le gros dur dans Watchmen). La grande gueule avec un sourire plein de dents et des bons mots toutes les deux phrases ? Chris Evans (qui a
visiblement déjà commencé à prendre du muscle pour son futur rôle de Captain America). Le latino énigmatique qui ne dit jamais rien mais qui a un œil de lynx ? Oscar Jaenada
(que je n’avais jamais vu ailleurs auparavant). La bombasse qui tabasse autant qu’elle aguiche ? Zoe Saldana (qu’on a pris l’habitude de voir en bleu dans Avatar, et qui est
vachement mieux au naturel).
Bref, les personnages sont typés, voire archétypés même, mais dans le feu de l’action ça passe. On sait de suite à qui on a à
faire dès le premier coup d’œil, pas la peine de s’attendre à des grandes analyses psychologiques des uns et des autres. C’est certainement le vrai handicap du film si on le compare au comic.
Tout y a été largement simplifié, les personnages et leurs motivations (Aisha et Max en tête), et l’intrigue évidemment (développée dans le comic sur trois volumineux tomes et agrémentée de
flashbacks qui aident à mieux cerner certains personnages). C’est le lot de bien des adaptations, The Losers n’y échappe pas, loin de là.
Bon, je ne vais pas jouer au bonimenteur, The Losers version cinéma, ce n’est pas le film de l’année. C’est même
certainement un film de genre parmi tant d’autres, qui peine un peu à se démarquer. N’empêche que ce n’est pas un mauvais film du tout, et qu’il se regarde même avec un certain plaisir, en tout
cas moi je l’ai pris comme ça. Et un film d’action efficace, ça n’est pas forcément aussi courant qu’on le croit, alors c’est déjà ça de pris. Mais que ça ne vous empêche pas de lire le comic de Diggle et Jock, il gagne a être connu lui aussi !
Un film d’action avec Bruce Willis, moi j’ai toujours un a priori positif. Depuis John
McClane, j’ai tendance à faire confiance au bonhomme dans ce type de rôles. Ce qui ne m’a pas toujours valu que des bonnes surprises notez bien, mais voilà c’est comme ça. Une adaptation cinématographique d’un comic-book, ça éveille toujours chez moi si ce n’est de l’intérêt, au minimum de la
curiosité. Donc forcément, une adaptation d’un comic, donnant fortement dans l’action, et avec Bruce Willis dans le rôle principal,
voilà une conjoncture d’arguments qui me poussent à jeter un œil à la chose. Je suis donc allé voir Red, assez confiant, curieux de voir comment le comic d’origine, plutôt du genre
hard-boiled, allait être transbahuté sur grand écran.
Alors en terme d’adaptation, oubliez. Les scénaristes ont gardé le pitch de départ, et ont changé tout le reste :
l’action, les personnages et le ton n’appartiennent qu’au film. En dehors du crâne chauve de Bruce Willis, vous ne retrouverez rien de commun à ce que vous pourrez lire dans le comic écrit par
Warren Ellis (un des tous meilleurs scénaristes de comics de ces 15 dernières années) et dessiné par Cully Hamner (au style assez punchy quoiqu’un peu trop
minimaliste par moment –à mon humble avis). Dans Red version comics, Paul Moses est un agent de la CIA à la retraite, sans vie sociale ni familiale, à la limite de
l’ermite, dont l’agence décide de se débarrasser (de façon définitive) et qui va rendre coup pour coup, bien décidé à ne pas être le chassé mais le chasseur… C’est froid, violent, brutal, sombre.
De l’action pur jus et très premier degré. Pas mal d’ailleurs, quoiqu’un peu court j’ai trouvé. Efficace mais un poil léger par rapport à ce que Warren Ellis est capable de produire par
ailleurs.
Dans Red version cinéma, Franck (exit Paul) Moses (Bruce Willis) est un agent de
la CIA à la retraite. Habitué à la solitude et à la discrétion, il fait tout ce qu’il peut pour ne pas éveiller l’attention des gens et son seul lien social consiste en des coups de fils
réguliers à Sarah (Mary-Louise Parker), agent de sa caisse d’allocation retraite, avec qui il a développé une étrange amitié-flirt téléphonique. Quand une équipe
de tueurs tente de l’éliminer, Franck comprend qu’on cherche à se débarrasser de lui en haut-lieu et passe à l’action. En récupérant sous son aile Sarah qu’il sait en danger à cause de leur
relation virtuelle, puis en cherchant de l’aide auprès d’anciens coéquipiers : Joe Matheson (Morgan Freeman) qui attend de mourir de son cancer en maison de
retraite, Marvin Boggs (John Malkovich) un sociopathe totalement parano qui vit en reclus persuadé que tout le monde lui en veut et Victoria
(Helen Mirren) qui sous ses dehors bien rangés continue à exercer ici et là quelques menus contrats pour garder la forme. L’équipe de retraités aura fort à faire pour se dépêtrer
de leurs ennuis, l’agent spécial William Cooper (Karl Urban), jeune, ambitieux et très efficace ne leur rendant pas la vie facile…
Le tout est traité sur un ton très humoristique (ce qui n’empêche pas de belles scènes d’action) comme le souligne déjà sur
l’affiche le sous titre Retraités Extrêmement Dangereux, dont Red est l’acronyme. Les vieux de la vieille vont redoubler de roublardise, de bons mots et d’astuces à la papa pour
en remontrer à la nouvelle génération d’agents spéciaux. Si on accepte l’idée que le comic d’origine ne sert donc que de prête nom et de pitch minimaliste de départ, force est de
constater qu’on se retrouve là face à une très bonne comédie d’action qui a plus d’un atout dans son jeu.
D’abord vous l’aurez constaté par vous même, le casting a de la gueule ! et encore je n’ai pas cité Brian
Cox dans le rôle d’un agent russe de la vieille école, Richard Dreyfuss (mon acteur favori entre tous, il faudra un jour que je ponde un article à son sujet tiens) qui
joue une pourriture de première, ou encore Julian McMahon et l’éternel Ernest Borgnine. N’en jetez plus la cour est pleine. Rien que pour la brochette de très
bons comédiens, le film en vaut la peine. D’autant qu’ils ont l’air de se plaire dans leurs rôles et jouent visiblement en se faisant plaisir. Cox, Malkovich et Dreyfuss semblant même se lancer
dans un véritable concours de cabotinage, mais dans le bon sens : ce sera à celui qui en fera le plus sans se décrédibiliser. Et je donne Malkovich gagnant d’une courte tête devant Cox et
Dreyfuss au temps de présence moindre. Et puis je craque sur Mary-Louise Parker (je ne peux que dire le plus grand bien de sa série Weeds) : drôle, belle, fraîche, tonique. Je valide.
D’ailleurs s’ils en font des doubles j’en prendrais bien une pour moi tiens. Ensuite la mise en scène de Robert Schwentke (qui ça ? ah ça vous l’a fait aussi … alors j’ai cherché
pour vous, on lui doit Flight Plan avec Jodie Foster -pas vu- et il a également officié sur la série Lie To Me -pas vu non plus) sait mettre en avant le jeu
d’acteurs, reste tout à fait lisible dès qu’on passe à l’action et ménage un rythme agréable tout du long du métrage. Bref sans faire d’étincelles la réalisation est efficace. Efficacité doublée
grâce à un scénario original et décontracté et des comédiens au diapason.
Voilà, je ne sais pas trop quoi ajouter à cela, ça parle tout seul. Sans casser des briques, alors que je ne m’attendais pas
du tout à ce que j’ai vu sur grand écran, un adjectif me vient tout naturellement pour qualifier ce film : bien sympa. Alors tant pis pour le détournement du matériau de base (qui n’a rien
d’un comic d’une qualité extraordinaire non plus, faut bien le reconnaître), devant Red on se marre bien et on passe un bon moment de détente.
Dernier de ma sélection de romans de l’été dernier (je sais, je sais, j’en parle au mois de février, je ne suis pas super en
avance)(mais mieux vaut tard que jamais non ?), La Maladie de Sachs de Martin Winckler n’est pas le moindre, et il m’a fait passer un excellent moment de
lecture.
Martin Winckler, c’est un auteur dont j’avais hâte de lire un roman. Ça faisait bien longtemps déjà que j’avais
hâte hein, mais moi quand j’ai hâte ça ne m’empêche pas de prendre mon temps… Je crois que mon premier contact avec Winckler s’est fait par l’adaptation cinématographique de La Maladie de
Sachs justement. Film dans lequel Albert Dupontel tient le rôle principal et que je n’avais malheureusement vu que partiellement il y a fort longtemps (ça doit facilement
remonter à une petite dizaine d’années…). Mais ça m’avait suffisamment intrigué pour le noter dans un coin de mon esprit dans la case « à approfondir », pêle-mêle avec une bonne
centaine d’autres trucs divers et variés. D’ailleurs depuis lors je n’ai jamais réussi à revoir ce film, et je n’ai jamais réussi à mettre la main dessus en dvd… Quelques temps plus tard, j’ai
« refait » connaissance avec Martin Winckler alors qu’il proposait une chronique quotidienne le matin sur France Inter. Comme son heure de diffusion tombait pile poil
pendant mon trajet du matin pour aller au boulot, je ne ratais aucun de ses billets radiophoniques passionnants. Et je me souviens parfaitement m’être dit en l’écoutant « faut vraiment que
je lise un roman de ce type ». C’était en 2003. Il s’est fait virer comme un malpropre au bout d’une saison, pour avoir un peu trop égratigné à l’antenne quelques lobbies pharmaceutiques
français… Mais le gars Winckler est un touche-à-tout avec lequel je partage plusieurs passions. Au départ Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est médecin généraliste.
Mais c’est aussi un passionné de comics et de séries télévisées, c’est ainsi que je suis tombé sur son bouquin Super-Héros, où il traite de sa passion pour les encapés américains. Je
l’ai d’ailleurs retrouvé encore plus tard dans Comic Box (excellent magazine bimestriel français consacré aux comics) où il rédige une chronique sur son amour de la bande dessinée. Et
puis pour ceux qui sont un peu curieux, vous aurez peut-être remarqué que depuis que je tiens ce blog, il y a un lien qui pointe vers son site parmi
les quelques adresses que je vous invite à visiter… C’est donc en 2009 que j’achète (déjà…) le roman La Maladie de Sachs (Winckler en a écrit plusieurs depuis, mais je
tenais à lire celui-ci en premier). Et voilà, fin août 2010, je lis enfin La Maladie de Sachs. Tout vient à point…
Après cette longue introduction totalement inutile mais qui aura permis de mettre en lumière le fait que je sois parfois
long, très long, à la détente, je vais essayer de vous causer du bouquin quand même ! Parce qu’il est bon en plus de ça. Souvent après une trop longue attente, la déception l’emporte sur les promesses de
satisfaction… on en attend trop et forcément on est un peu déçu. Eh bien là non, pas du tout. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, donc je
n’avais pas d’idée préconçue sur ce que j’allais lire. Ensuite parce que même sans idée préconçue au sujet de son livre, l’auteur a su me surprendre ! Paradoxal non ? Aussi bien sur la
forme que sur le fond, l’histoire du docteur Sachs m’a pris par surprise, étonné, et finalement séduit.
Ici, pas d’intrigue rocambolesque, pas de suspense haletant, aucune énigme à résoudre et rien qui ne vous pousse à tourner
les pages fébrilement pour enfin connaître la réponse à une question centrale… Non, rien de tout cela. À la place, il s’agit d’une chronique de la vie quotidienne d’un jeune médecin généraliste
qui ouvre un cabinet de consultations au fin fond d’une région rurale pas du tout glamour… On le suit dans ses visites à domiciles, dans ses rendez-vous à son cabinet, dans ses interventions en
urgence, dans ses permanences de week-end, dans ses tours de garde bénévoles à l’hôpital… De patient en patient, on découvre des mal-être, des douleurs physiques mais aussi psychologiques et
morales, des petits bobos ou de graves maladies, des souffrances muettes et des hypocondries fatigantes. On voit de tout, de l’insignifiant au tragique, et le tout forme un univers d’une
diversité et d’une cohérence bluffantes. Le monde vu par Bruno Sachs est étonnant : sous les aspects d’une banalité terne, la vie se révèle sous le prisme de son regard
d’une complexité et d’une richesse passionnantes. Car le petit mal de tête et le cancer sont traités avec le même professionnalisme, et surtout avec le même intérêt et humanisme de la part du
docteur Sachs… à ses yeux ils revêtent le même habit qui donne tout son sens à sa vocation : l’obligation morale de soigner, et sinon de guérir au moins de soulager. Bruno Sachs n’est pas un
médecin banal. Il s’intéresse avant tout aux gens, pas aux maladies. Ses patients sont avant toute chose des êtres humains, pas uniquement des malades. Et ça change tout dans les rapports
soignant-soignés.
Toutes ces choses, on les comprend au fur et à mesure de la lecture. Martin Winckler instaure une ambiance inattendue :
on pourrait croire qu’on va s’ennuyer à lire les petites lamentations des gens qui viennent se faire soigner chez le docteur Sachs, mais en fait il n’en est rien. D’autant que pour rythmer le
tout, l’auteur a recours à un procédé que je n’avais jusqu’alors encore jamais vu dans un roman. Bon ok c’est pas comme si j’avais lu toute la bibliothèque d’Alexandrie mais bon, quand même. La
majeure partie du livre est écrite à la seconde personne du singulier. Autrement dit la narration se fait de façon multiple et indirecte. Je m’explique. Le personnage principal est Bruno Sachs.
Le narrateur n’est jamais Bruno Sachs. C’est toujours son interlocuteur (et donc très souvent, son patient du moment) qui parle. Et qui décrit les actes et les paroles du docteur en le désignant
par « Tu ». De fait, Winckler procède par de courts chapitres (une à quelques pages), dont le titre est généralement le nom du narrateur, qui raconte une scène ou un moment de la vie du
médecin vu par les yeux de quelqu’un d’autre. C’est assez déconcertant au départ, mais on se prend vite au jeu, et visiblement l’auteur s’en amuse également, jonglant entre les personnalités et
passant d’un point de vue à un autre avec pertinence et habileté.
Tiens, je disais plus haut « pas de question centrale » mais en fait c’est faux. Plus on avance dans le récit, plus
on en apprend sur le docteur Sachs (qui se découvre pudiquement, par ses rapports aux autres), plus on voit poindre son malaise. Il écoute, conseille, soigne, aide, soutient les gens au
quotidien. Et on a le sentiment que tout le poids dont il soulage les autres, pèse sur ses épaules à lui, le déséquilibrant et le mettant en danger. On sent naître de la fatigue, du découragement
parfois, de la lassitude. Et tout au long du roman on ne peut s’empêcher de se demander : tiendra-t-il ?
Alors je ne vais pas tergiverser et monologuer plus longtemps. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce très
intéressant roman (et qui prend le temps de se lire, la version poche compte 660 pages environ). Vraiment, La Maladie de Sachs est un très bon bouquin, passionnant, marquant, innovant,
remarquablement écrit, plein de sensibilité (et je n’ai pas dit sensiblerie, la nuance est de taille) et d’humanité. Martin Winckler est décidément, cette fois j’en suis sûr et certain, un auteur
« à approfondir ».
Voilà un film à l’origine pas banale. Il y a
quelques années, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez s’étaient acoquinés pour produire Grindhouse : l’association de deux longs métrages
(Planète Terreur plutôt réussi par Rodriguez et Boulevard de la Mort, certainement le film le plus mollasson de Tarantino). Entre les deux (en France les deux films –
assez courts - sont sortis individuellement, alors qu’au départ le concept était d’en faire une seule et même séance), il y avait également de « fausses bandes annonces » sous forme de
bons gros délires, dont celle mettant en scène un Danny Trejo survolté dans un rôle tout à sa mesure : Machete. Autant dire que ça découpait
sévère. Pour être parfaitement honnête, de tout le programme Grindhouse, la BA de Machete était certainement ce
qu’on pouvait y trouver de plus enthousiasmant et de plus pêchu. Ce qui n’échappa pas à Robert Rodriguez, qui devant l’engouement des spectateurs s’est mis en tête d’en faire un vrai film de
cette fausse bande annonce. Et quelques années plus tard, voici donc Machete…
Le dit Machete (Danny Trejo donc, une des gueules les plus burinées et cassées des séries B américaines de ces quinze
dernières années) est un agent fédéral du Mexique. Si si, sans déconner. Je sais, ça se devine pas au premier coup d'oeil... Sa réputation est celle d’un incorruptible et surtout d’un flic sans
pitié. Il se retrouve souvent seul contre les truands mais aussi les flics ripoux de son entourage. En s’attaquant au parrain local Torrez (Steven Seagal) il va
tout perdre, le mafieux le laissant pour mort après avoir tué sa femme. Quelques années plus tard (ne demandez pas comment ni pourquoi, ça fait partie des mystères scénaristiques du film) il se
retrouve au Texas, où il est embarqué dans une sombre affaire d’assassinat politique dont la victime n’est autre que le sénateur McLaughlin (Robert De
Niro). Le prenant pour le bouc émissaire idéal, les commanditaires de cette arnaque ne savent pas à qui ils ont à faire ! Machete va reprendre du service pour prouver son innocence
et faire payer les vrais coupables, naviguant entre les ordures de la pire espèce, depuis le roublard Benz (Jeff Fahey) jusqu’à l’inquiétant garde frontière
Stillman (Don Johnson), tout en ayant la police de l’immigration sur le dos en la personne de la belle Sartana (Jessica Alba).
Mais Machete a aussi des alliés, dont son propre frère (ça tombe bien, il crèche à côté si j'ose dire) qui est un Padre pas banal (Cheech Marin) et la sexy
révolutionnaire Luz (Michelle Rodiguez) une sorte de Che au féminin (qui en plus tient une barraque à frites, le bonheur des yeux et de
l'estomac en quelque sorte) …
Bon disons-le simplement, c’est du grand n’importe quoi, du début à la fin. Personnages ultra-caricaturaux, situations
rocambolesques, péripéties improbables, motivations nébuleuses, Rodriguez passe en revue tous ses fantasmes de gamin décérébré et les mets en images pour son plus grand plaisir. Alors dans le tas
il y a de bonnes choses. Le Padre adepte des armes et du chichon façon barreau de chaise, c’est fendard. Les coups de machette qui découpent bras et têtes dans une belle chorégraphie bourrine,
c’est sympatoche. Revoir enfin sur grand écran Steven Seagal alias Saumon Agile dans un rôle de gros, pardon, grand méchant qui s’écoute causer ça fait partie des bonnes
surprises du film. Et puis Machete juché sur sa Harley, projeté dans les airs sous l’effet d’une énorme explosion tout en canardant joyeusement ses ennemis de sa grosse pétoire, ou encore Machete
dans une piscine avec deux bonnasses (en l’occurrence la fille et la femme de Benz, Lindsay Lohan et Alicia Rachel Marek) totalement nues qui en veulent à sa
puissante virilité, sont deux scènes totalement icôniques et cultes dans lesquelles cette vieille trogne de Danny Trejo prend visiblement son pied et qui justifieraient presque à elles seules
tout le reste du film.
Mais bon voilà, tout ça manque cruellement d’intérêt
et de liant. C’est bien plus que de la série B, on nage en plein Z, en plein nanard, chose qui soit dit en passant est parfaitement recherchée et revendiquée comme telle par le réalisateur et les
acteurs. Ce qui est plutôt louable en fait, en tout cas pour moi ça part clairement d’un bon sentiment ! j’ai toujours été un grand sensible à toutes ces zèderies qui mélangent allègrement
humour limite et action à gogo (quel bon goût j’ai, n’est-ce pas ?). Sauf que là où ça me dérange pour ce film précisément, c’est qu’on sent que le truc est bourré de thunes, déborde
d’effets spéciaux qui coûtent la peau des roubignolles, bref que le film est tout sauf fauché. Or, ce qui fait aussi le charme de ces zèderies sans nom la plupart du temps, c’est qu’on sent que
c’est fait avec l’énergie du désespoir, la débrouille du type qui n’a rien d’autre qu’un fumigène et deux pétards pour montrer une explosion nucléaire, l’amour du genre qui fait que le
réalisateur préfèrera se sectionner une couille plutôt que de couper une scène pourrave mais à laquelle il croit. Enfin à mes yeux hein.
Et c’est là que ça coince avec Machete. Machete c’est le jouet d’un enfant gâté du cinéma à qui on a dit « lâche-toi,
dépense tout et fais nous marrer » et qui du coup se sent contraint à une obligation de résultat. D’où un palpable manque… d’âme, bien que quelques bonnes idées et scènes réussies
parviennent ça et là à donner le change. Et ça se sent même avec les stars qui viennent cabotiner, De Niro et Don Johnson en tête : on dirait qu’elles n’attendaient que ça, qu’un réalisateur
leur file un truc bien trash où ils pourraient péter un câble en direct et un peu sortir de leur image figée de star intronisée de Hollywood. Sauf que du trash sur commande c’est un peu comme le
Canada Dry, ça a le goût, ça a la couleur… mais c’est pas du vrai trash. Tiens ça me fait penser, ça existe encore le Canada Dry ?
Commentaires