Il paraît qu'il faut les habituer très tôt à ranger leurs affaires si on ne veut pas qu'ils laissent traîner leurs jouets
partout... (comment ça il est bizarre le doudou de mon fils ?!)
Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !
Il paraît qu'il faut les habituer très tôt à ranger leurs affaires si on ne veut pas qu'ils laissent traîner leurs jouets
partout... (comment ça il est bizarre le doudou de mon fils ?!)
Ouais je sais, mes articles s’espacent dans le temps.
Pourtant ce n’est pas un manque de sujets qui en est la cause. J’ai sous le coude des tas de films que j’ai vus et dont j’ai envie de
causer, une tripotée de comics que je me suis envoyés dernièrement, une dizaine de romans lus récemment et pas encore chroniqués ici, et je ne parle pas des séries télés qui m’ont enthousiasmé
ces derniers mois et qui mériteraient quelques lignes également.
Non ce qui est en cause c’est moi. J’ai un mal de chien à prendre mon stylo ou mon clavier pour me mettre à écrire quelque
chose. Et quand j’y parviens, le résultat ne me plaît pas une fois sur deux dans le meilleur des cas. Évidemment il y a le temps qui file à une vitesse indécente, mais ça n’est pas que ça, c’est
plus lié intimement à moi. J’ai un vrai manque d’inspiration, je ne sais pas par où aborder même les sujets qui me tiennent à cœur, je ne sais plus ordonner mes réflexions et en faire quelque
chose qui se tient à l’écrit. J’ai l’impression de faire toujours beaucoup trop long et de ne pourtant pas arriver à exprimer l’essentiel. C’est assez frustrant par ailleurs.
En cherchant un peu la cause de tout ça, j’en suis venu à me poser la question : à quoi cela sert-il finalement ? Je veux dire de tenir un blog comme celui-ci, d’y coller des critiques
(pour autant qu’on puisse qualifier de ce terme un peu pompeux mes petits avis), de donner mon avis sur ce que je lis ou vois ou entends ? Et en fait je n’ai pas trouvé de réponse
satisfaisante pour le moment.
Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert tout ça, à vrai dire. Je doute même sincèrement que ça ait le moindre intérêt, la
moindre légitimité. Avant ça m’amusait, j’essayais d’écrire des trucs marrants et pas trop cons en même temps, et parfois même j’y arrivais (j’ai relu des vieux trucs publiés ici, et merde alors,
j’en ai trouvé des pas mal du tout)(le mec se la pète en plus !).
Aujourd’hui j’ai peur de ne plus parvenir à insuffler dans ce que j’écris la même légèreté, je n’arrive plus à me faire marrer moi-même (bordel ça devient grave). J’ai l’impression d’écrire des
pavés chiants à lire, à commencer par ce texte-ci d’ailleurs.
Je suis d’autres excellents blogs par-ci par-là, et je tombe aussi parfois au gré du net sur des sites vraiment originaux,
dont les auteurs sont clairement bourrés de talents, qui savent faire marrer et/ou réfléchir leurs lecteurs et qui m’enthousiasment autant qu’ils me foutent le bourdon devant tant de maîtrise.
Combien de fois me suis-je dit « merde qu’est-ce que j’aimerais écrire comme ça » tellement je trouvais ce que j’avais sous les yeux bien foutu…
Mais !
Je ne suis pas garçon à jeter l’éponge aussi vite (ah j’en devine qui se désespèrent !). Je vais tenter de faire mieux
prochainement. Parler de choses que j’aime vraiment beaucoup, qui me tiennent à cœur, qui m’épatent, qui me boostent (rhhôôôoo le vilain mot souligné en rouge par mon correcteur orthographique
totalement outré). Cela dit, je ne promets pas la lune, si ça se trouve je vais mettre deux mois à pondre trois articles tout nazes.
Mais bon, voilà faut essayer avant de dire que c’est mort hein. Et puis tiens, j’en profite : si jamais quelques
blogueurs passent par là et lisent ceci, c’est quoi votre réponse à vous à ma question de tout à l’heure « à quoi ça sert ? ». Qu’est-ce qui vous motive ? Et tant qu’à faire
les lecteurs peuvent répondre aussi : vous attendez quoi des blogs que vous lisez ?
Oui je sais, je suis chiant avec mes questions à la con.
Me voilà arrivé à mon trois centième article. Plus de cinq ans que j’écris ici. Beaucoup de bêtises, pas mal d’avis-vite-dits
qui n’intéressent guère que moi, et quelques textes plus personnels. Mais pour cet article pas de long discours, juste l’essentiel.
Mon petit garçon. Nathan.
(Merci à ma petite soeur pour ses photos toujours géniales)
(on reconnaît facilement la TataTouch : première, deuxième et dernière photos)
Quelle ne fut pas ma surprise l’autre jour quand, divaguant sur un trottoir, en passant devant un cinéma et lorgnant
distraitement sur la collection d’affiches des films projetés et à venir, j’en repère une avec Mel Gibson en gros plan, affublé d’un peluche en forme de castor.
Je m’approche, je regarde. Le Complexe du Castor, film de et avec Jodie Foster, rôle principal tenu
par Mel Gibson.
Quand je parle de surprise… j’en étais resté aux frasques de l’acteur australien qui a fait bien plus parler de lui
dernièrement dans la presse à scandales que dans celle consacrée au septième art. J’ai vaguement entendu parler d’affaires d’antisémitisme, d’ivrogneries diverses et de violence conjugale. De
quoi blacklister le Mel pour tout ce qui est carnet mondain hollywoodien en somme. D’où mon étonnement de le voir à l’affiche d’un film. Ne niant pas un instant que Mel Gibson puisse n’être dans
la vie qu’un sombre connard, pour moi il est et reste surtout un putain d’acteur, un gars qui m’aura marqué durablement pour tout un tas de raisons, dont les deux principales se nomment
Martin Riggs et Apocalypto. Alors au-delà des scandales people qu’il suscite, le Mel Gibson acteur et
réalisateur m’a toujours intéressé, et continue d’exercer sur moi une certaine curiosité, si ce n’est de l’attirance. Le film sortait le lendemain. Fallait bien que je vois ça…
Alors Le Complexe du Castor met en scène Walter Black. Walter a, a priori, tout pour être heureux.
Il est marié à Meredith (Jodie Foster), père de deux garçons, l’aîné Porter (Anton Yelchin) et le petit Henry (Riley
Thomas Stewart), il dirige une marque de jouets qu’il a héritée de son père. Pourtant Walter est sujet à la dépression. Une dépression si forte qu’il se détache de tout et de tous,
irrémédiablement. Au point qu’après des années d’efforts et pour le bien de tous, Meredith décide de se séparer de son époux. Touchant le fond, Walter veut en finir. Mais le hasard le fait tomber
un soir sur une marionnette de castor, qui va changer son existence. Walter va s’accrocher avec l’énergie du désespoir à cette marionnette, qui va lui permettre d’exprimer tout ce qu’il n’ose pas
dire, et de devenir une autre personne : positif, volontaire, entreprenant, drôle, charmeur, bref : sûr de lui. Mais ce n’est plus Walter qui est aux commandes, c’est le
Castor. Walter ne parle plus, c’est le Castor qui s’exprime par sa bouche. Faisant passer cela pour une thérapie de la dernière chance que lui a prescrite son psychiatre qu’il ne
voit plus depuis belle lurette, Walter va développer une toute nouvelle personnalité à travers sa marionnette, au point de ne plus pouvoir s’en passer un seul instant…
Étrange film que ce Complexe du Castor… Difficile à cerner surtout. Parce qu’on a là plusieurs angles d’attaque,
plusieurs traitements possibles de l’histoire (humoristique, dramatique, moraliste, mélo) qui sont tous empruntés à un moment ou un autre sans forcément exclure les autres. Évidemment la
situation d’un Mel Gibson qui parle avec une marionnette au bout du bras prête à rire et Jodie Foster ne se prive pas d’en profiter un peu dans son film, tout comme elle parvient à donner dans le
drame dès lors qu’elle aborde la relation conflictuelle père-fils de Walter et Porter. Parfois c’est too much (l’interview télévisée par exemple), parfois on est à la limite du mélo, mais sans
jamais vraiment s’y lâcher complètement. À l’arrivée, je classerais tout de même ce film en comédie dramatique (ok, c’est un terme fourre-tout c’est pas faux non plus), mais ce flou artistique
qui l’entoure n’a pas été pour me déplaire. Si je ne cautionne pas forcément tout dans le film, j’ai tout particulièrement été intéressé et touché par la relation, ou plutôt la non-relation
devrais-je dire, entre Walter et son fils aîné. Il y a de belles idées : la liste des ressemblances que l’adolescent cherche à effacer est une jolie trouvaille, le trou dans le mur idem. De
manière plus générale, si j’ai trouvé l’ensemble des comédiens plutôt bons et inspirés dans leurs rôles, c’est certainement Mel Gibson et Anton Yelchin justement qui s’en sortent le mieux.
L’écriture des personnages n’y étant évidemment pas pour rien, Walter et Porter sont les deux piliers de cette histoire, qui a mes yeux se résume surtout et avant tout à cela : la relation
père-fils.
Sans vouloir trop en dévoiler sur l’intrigue, je dirais juste que la fin ne donne pas dans la facilité, le scénario garde une
certaine logique qui peut paraître dérangeante dans les faits, mais tout à fait défendable du point de vue de la cohérence globale de l’histoire. On oublie la happy-end mais on ne plonge pas non
plus dans le pessimisme à tout crin, et je trouve ça plutôt bien vu finalement.
Pour en revenir brièvement à ce que je disais en introduction, je n’ai aucune idée de la manière dont Le Complexe du
Castor a été accueilli, ni par le public ni par les professionnels. Je me demande bien si le film réhabilitera (ou pas) Mel Gibson aux yeux du tout Hollywood, mais en tout cas il confirme
pour moi que l’interprète de Mad Max en a encore sous la semelle, et qu’il n’est pas si mort qu’on voudrait bien le faire croire. En tout cas j’ai aimé le voir dans ce rôle,
là-dessus aucun doute.
Parler d’un film, gloser d’un livre, commenter un comic book, je sais à peu près faire (z’êtes gentils, laissez moi cette
illusion, merci). En tout cas, ça m’est assez naturel. Mais causer musique… je trouve ça beaucoup plus difficile que ça n’en a l’air. D’abord et certainement parce que je ne suis pas musicien (à
mon grand regret). Du coup j’ai du mal à trouver les mots pour décrire ce que j’entends. Pourtant je suis très réceptif à la musique hein, c’est pas le souci, le truc c’est de parvenir à en dire
quelque chose d’autre que « c’est bien », « j’aime » ou « ça ne me plaît pas »… Quelque chose qui n’ait pas l’air trop naze non plus, trop plat, trop
convenu.
C’est pour cette raison que j’aborde peu souvent le sujet ici, par crainte d’être tout sauf pertinent, et
totalement inintéressant.
Voilà, cette précaution sous forme d’avertissement préalable étant prise, je vais donc essayer ici de vous toucher deux mots
d’un album qui m’a littéralement soufflé. Un cd, c’est simple, que par période j’écoute en boucle. Au boulot, dans ma voiture. Que je chantonne partout ailleurs dans ma tête tout le reste du
temps. Et quand je dis « par période » ça peut durer des jours voire des semaines. Musicalement mono-maniaque le gars.
L’album en question c’est Viva la Vida, du groupe anglais Colplay.
Oui d’accord, c’est pas la dernière nouveauté en date dans les bacs des disquaires. Pardon, en top vente des téléchargements
je voulais dire. Mais on s’en fout, quand c’est bon et qu’on aime, l’âge ne compte pas (dixit Anna Nicole Smith le jour de son mariage). De toute manière j’ai depuis longtemps
abandonné l’idée d’être le type le plus fashion du monde. Au point que moi-même j’ai découvert cet album (à l’origine sorti en 2008) pas loin de deux ans après le reste du monde. Pire que
ça : je ne connaissais quasiment rien de Coldplay jusqu’alors (un ou deux morceaux à tout casser). Et puis évidemment la chanson titre Viva la Vida qui m’avait dès le départ bien
plu tout en me faisant imperceptiblement penser à un autre morceau que je classe dans mes incontournables : Better Sweet Symphonie du groupe The Verve. Sans pouvoir
dire exactement pourquoi du reste. Une rythmique entêtante, des accords proches, une orchestration enthousiasmante avec ses violons qui prennent le pouvoir, je ne saurais dire vraiment. C’est ce
qui m’a poussé à acheter cet album pour voir (dont le titre complet d’ailleurs est Viva la Vida or Death and All His Friends). Et au bout de deux ou trois écoutes j’étais conquis.
Scotché. Cueilli. Ensorcelé.
Car ce que je dis du morceau Viva la Vida, je peux le dire de chacun des titres qui composent l’album. Rien à jeter.
Rien d’un peu « moins bon » que le reste. Tout est excellent, du début à la fin. Ça faisait longtemps que je n’avais pas trouvé une telle cohérence dans un album de pop-rock. Une espèce
d’album-concept réussi de la première à la dernière note. Assez phénoménal…
Je ne vais pas passer en revue chaque chanson, on va éviter le fastidieux et le soporifique. Ne me remerciez pas, c’est
normal, je m’étale déjà bien assez comme ça, je le sais bien…
Mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de parler en particuliers des titres les plus longs comme Lovers in Japan /
Reign of Love, Yes, ou encore Death and All His Friends qui se permettent le luxe d’enchaîner dans le même morceau deux voire trois mélodies différentes qui se répondent et
se complètent. Et tant pis si ça dure sept minutes, au contraire même je dirais tant mieux !
Pour être tout à fait honnête, je ne me suis même pas penché vraiment sur les paroles des chansons. Un titre comme
Strawberry Swing par exemple m’intrigue mais je ne cherche pas à le décortiquer plus avant. Ah oui, j’oubliais de dire que je suis une quiche en anglais oral. Ça doit être mon oreille
défaillante ou mon cerveau en kit la cause, toujours est-il que je suis incapable de comprendre plus que quelques mots par ci par là qui se détachent et que je reconnais… Ouais je sais la honte.
Je vous merde.
Ça me le fait moins avec Coldplay qu’avec des baragouineurs qui marmonnent entre leurs dents tels que Bruce
Springsteen ou Mark Knopfler (pas de mauvaise interprétation attention : pour moi ce sont des monstres sacrés hein), n’empêche que j’ai du mal. Le seul qui fasse
résonner chaque syllabe de ses mots dans ma tête c’est mon Dieu vivant, j’ai nommé Leonard Cohen. Mais j’y reviendrais peut-être une autre fois, c’est pas le sujet.
Et franchement je m’en fous de pas y biter grand-chose aux textes de cet album. Ce qui me prend à chaque fois c’est la
musicalité de l’ensemble, les orchestrations mi-symphoniques mi-rock. Les voix qui s’accordent parfaitement aux instruments, les chœurs qui ponctuent le tout par derrière. Et l’énergie. Parce que
cet album, si je le trouve épatant sur bien des points, possède à mes yeux une qualité unique, que très rarement j’ai retrouvé ailleurs, ou du moins pas sur un album complet. Toute musique dégage
un ressenti, résonne en chacun d’une manière différente, crée des sentiments chez celui qui l’écoute. Quand j’écoute cet album, j’entends deux sons en parfait équilibre, qui éveillent deux
sensations pourtant très éloignées l’une de l’autre, mais que je retrouve ici dans un parfait mélange. J’y entends d’une part quelque chose qui me soulève et m’entraîne dans un enthousiasme et un
dynamisme irrésistibles, et à côté de ça il y a toute une gamme de notes et d’intonations qui éveillent en moi un sentiment de nostalgie sourde, presque de tristesse mais pas tout à fait, un peu
comme la Saudade chère à Lavilliers mais anglicisée. Un mélange de larmes et de sourire. Très difficile à décrire et définir mais qui se ressent pourtant avec une
émouvante limpidité.
Ouais, pas facile à expliquer. Mais c’est vraiment ainsi que je ressens cet album. Avec force et douceur. Et c’est pour ça
que je peux l’écouter en boucle. Pour ça qu’il est dans mon top albums, tous artistes et tous genres confondus. Pour ça que j’aime Viva la Vida or Death and All His Friends et pour ça
que j’avais envie d’en parler un peu, tant bien que mal, ici.
Cette chronique va un peu déroger à la règle que j’essaie d’appliquer quand je parle d’un bouquin que j’ai lu. D’habitude je
tente d’exposer de mon mieux le début de l’intrigue pour qu’on comprenne bien de qui et de quoi ça cause, tout en me gardant de trop en dévoiler sur l’issue du livre, histoire de préserver le
plaisir de la découverte à celles ou ceux qui éventuellement se lanceraient dans la lecture du livre après avoir lu mon article.
Dans le cas de ce livre, je vais faire l’impasse sur l’histoire et le résumé. Sachez juste qu’il s’agit d’un homme
(Tomas) et d’une femme (Tereza) qui se rencontrent, s’aiment passionnément et dont la vie de couple sera juchée d’embûches qui ne tiennent en fin de compte qu’à
leur propres personnalités très différentes. C’est une opposition du « nous » aux « je ». C’est une histoire d’attirances irrésistibles et de répulsions toutes aussi fortes.
Des différences entre l’intérêt commun et les envies individuelles. De la façon dont deux entités individuelles tentent de maintenir coûte que coûte une entité commune, celle du couple. Bref,
c’est plein de sentiments contradictoires, de choix à faire, de sacrifices, de sentiments fluctuants. C’est tout ça et ça nous invite bien souvent à nous interroger nous-même pour essayer
de situer où se trouve notre propre place, et démêler les fils de nos propres contradictions.
Mais ce qui a survolé cette histoire d’amours déchirés pour moi et qui a nourri ma réflexion pendant tout le bouquin et
encore bien après, c’est une phrase, une idée que l’auteur a tirée d’un proverbe allemand : Einmal ist keinmal.
C’est une étrange expérience (que je dois à Karine qui m’a passé ce livre que je n’aurais certainement pas
lu sans elle) de lire L’Insoutenable Légèreté de l’Être de Milan Kundera peu de temps après Replay de Ken Grimwood. Parce que si a priori ces deux romans semblent bien éloignés l’un de
l’autre, dans mon esprit la connexion s’est pourtant instantanément faite.
Évidemment sur la forme il n’y a pas grand-chose en commun. Le roman de Grimwood touche à un fantastique mêlé d’aventures et
d’une pincée de romance. Alors que le livre de Kundera relate sur toile de fond géopolitique (la Tchécoslovaquie du temps du rideau de fer) une histoire de couple qui se déchire, une histoire
d’amour belle et forte, mais surtout dramatique et désespérée. Mais sur le fond, en ce qui concerne les pensées intimes des personnages et leurs quêtes existentielles, le lien m’apparaît
évident.
Dans Replay, le personnage principal vit et revit sa vie un grand nombre de fois, la changeant à chaque fois,
explorant de nouveaux chemins, essayant de l’améliorer et de maîtriser son destin en se basant sur tout ce qu’il a déjà vécu les fois précédentes. Dans L’Insoutenable Légèreté de l’Être,
Tomas, le personnage masculin principal, se pose mille questions sur ce qu’il doit faire, sur les choix de vie qui se présentent à lui, et ses pensées volent invariablement vers le proverbe
allemand Einmal ist keinmal et les réflexions de certains philosophes tels que Nietzsche, ainsi qu’une phrase tirée du dernier quatuor de
Beethoven : « Es muss sein ».
Pour les non-germanophones je traduis : Einmal ist keinmal pourrait se traduire mot-à-mot par « une
seule fois ce n’est aucune fois » autrement dit, vivre une seule fois, suivre une seule voie, ne choisir qu’une possibilité parmi une multitude c’est comme ne pas vivre. Car on ne peut
pas comparer. On ne peut pas mesurer. Devoir choisir et ne jamais pouvoir revenir en arrière, effacer ou revenir au point de départ et partir vers une autre direction, c’est comme de ne pas vivre
du tout. On prend des décisions qui ont des conséquences, et on ne saura jamais si les décisions auront été les bonnes, les meilleures, car on ne connaîtra jamais les conséquences des autres
décisions qu’on n’a pas prises… Cela relativise beaucoup nos existences, l’importance de nos actes et le rapport entre nos envies et nos devoirs…
Pour le « Es muss sein », on peut le traduire par « cela doit être », ou plus
correctement par « il doit en être ainsi ». Là on touche du doigt à travers Beethoven la notion de Destin, de nécessité. L’entravement de l’Homme, son désir de liberté opposé à
sa prédestination et à la gravité qui pèse sur ses choix.
Ce sont toutes ces notions impalpables et qui pourtant pèsent de tout leur poids virtuel sur nos vies d’êtres humains qui
m’ont fasciné tout au cours de la lecture de ce roman de Kundera. Je faisais sans cesse la parallèle avec le héros de Replay qui rejouais et rejouais sa vie en la modifiant, pour balayer
tout l’éventail des possibles et espérer enfin y trouver sa voie, son chemin idéal, et le Tomas de Kundera qui est insatisfait de chacun de ses choix, car il ne peut en mesurer la pertinence face
à d’autres choix possibles dont il ne vivra jamais les conséquences. Chacun dans son coin, tentant d’échapper à ce qu’il ne maîtrise pas. Chacun des deux personnages, confronté à l’implacable
force du temps et du monde qui l’entoure, des destins croisés qui façonnent finalement bien plus nos vies que toutes nos décisions, les plus graves et les plus importantes
soient-elles.
Deux façons opposées d’aborder le même problème. Celui du sens qu’on donne à notre existence. Avec la même conclusion dans
les deux cas : le choix n’est qu’illusion. Dès lors qu’on choisit une voie, on abandonne tout ce qui n’en découle pas, tout ce qui potentiellement aurait pu être et ne sera pas. Choisir
c’est aussi renoncer...
Dès lors, quelle est la place du Destin dans nos vies ? Où s’arrête l’influence de nos choix sur nos vies, où commence
l’influence de la vie des autres (et d’autant plus de ceux qui comptent à nos yeux) sur la notre, quels poids prennent véritablement nos décisions ? Que maîtrise-t-on ? Dans quelle
illusion décide-t-on de vivre : celle du choix ou celle du non-choix (qui est aussi un choix finalement) ? Et surtout, où se place-t-on dans tout ça ? Quelle importance a-t-on
réellement et comment accepter l’idée que notre existence bouleverse et bouscule celles des autres alors qu’on n’arrive pas à gérer notre propre vie idéalement ? Autant d’interrogations qui
se résument à se demander qu’elle est notre place en ce monde…
Kundera raccorde cela à une problématique encore un peu plus large, qui touche chaque personne et ne trouve pas vraiment de
réponse universelle. Il pose la question de la légèreté et de la gravité en ce monde. Qu’est-ce qui est important, grave ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? la légèreté ne pèse-t-elle sur
nos vies pas autant, finalement, que la gravité ?
Et il le fait bien mieux et avec infiniment plus de talent pour exposer clairement ses idées que ce que j’ai tenté de faire
ici. En tout cas la lecture de ce bouquin a fait turbiner les rouages quelque peu rouillés de mon cerveau. Le ciboulot en effervescence, j’ai lu et cogité, et j’aime quand une lecture me cherche,
me malmène un peu et me triture la matière grise. Je ne suis pas bien certain que c’est ce genre de réflexions et de considérations que l’auteur a voulu induire chez ses lecteurs, toujours est-il
que dans mon esprit c’est ce qui a fait tilt instantanément.
Tout ça pour dire que si mon article vous a fichu la migraine avec ses questions existentielles, que ça ne vous empêche
surtout pas de vous plonger dans le roman de Milan Kundera. Son talent d’écrivain vous passera votre mal de tête, promis.
Film d’action. Course poursuite. Chasse à l’homme. Tueur en série. Survie en prison. Thriller.
Autant de mots et de concepts qui d’habitude s’accordent avec les bons gros blockbusters américains, les films à grand spectacle
hollywoodiens.
Eh bien une fois n’étant pas coutume, vous retrouverez tout ça dans un film français. Avec des acteurs français. Qui se passe
en France. Et devinez-quoi ? ça fonctionne du feu de dieu. Ça s’appelle La Proie, c’est mis en scène par Éric Valette, et c’est carrément réussi.
En prison pour un braquage de quelques millions d’euros, Franck Adrien (Albert Dupontel)
purge sa peine tranquillement. Il n’en a plus pour très longtemps, à peine quelques mois à tenir. Pas évident du reste, parce que le pactole est caché là, dehors, à l’attendre bien sagement, et
ça il n’est pas le seul à le savoir. Certains de ses codétenus sont au parfum, et aimeraient bien faire cracher le morceau à Franck : l’emplacement de sa planque reste encore un secret bien
gardé. D’ailleurs Franck n’en a parlé à personne, pas même à Anna (Caterina Murino) sa femme dont les visites sont les seuls moments de bien-être dans
l’existence confinée du taulard. Pour survivre en prison, Franck a adopté un profil bas, se mêlant de ses affaires, limitant les contacts. Jusqu’à ce qu’on lui colle un compagnon de cellule
hors-norme : Jean-Louis Maurel (Stéphane Debac), un jeune homme fragile et apeuré, inculpé à tort pour pédophilie. C’est le point de départ d’une sombre
machination qui va entraîner Franck dans une folle course pour sa survie et celle de sa famille. Le dos au mur, Franck va devoir s’évader de prison pour retrouver sa fille alors qu’il est
lui-même devenu l’ennemi public numéro un aux yeux du pays tout entier. Accusé à tort de toute une série de crimes, Franck va devoir échapper à la traque des forces de police menée par la très
volontaire et très décidée Claire Linné (Alice Taglioni) pour essayer de retrouver les siens et s’innocenter de tous les crimes qu’on lui reproche.
Albert Dupontel trouve dans ce film un rôle taillé à sa mesure. Plus connu pour ses rôles comiques et burlesques
(Bernie, Enfermés Dehors, Le Vilain, etc...), il a pourtant déjà à son actif de beaux rôles à teneur
plus dramatique (La Maladie de Sachs, L’Ennemi Intime, l’énormissime Deux Jours à Tuer entre autres) mais très peu de rôles finalement dans de « vrais » films
d’action (Le Convoyeur ou encore Chrysalis mais dans une moindre mesure). Dans le film de Éric Valette il porte sur ses épaules 1h45 d’action quasi non-stop, où l’on ne s’ennuie
pas une minute. Il y a du suspense (malgré quelques gros trucs qu’on voit venir de loin), il y a du rythme, et le tout est traité avec empathie. On est avec Franck, dans la peau du personnage,
dans ce qu’il peut ressentir face au piège qui se referme sur lui impitoyablement.
Mais les autres comédiens ne sont pas en reste : Alice Taglioni est bluffante dans un rôle plutôt physique et athlétique
là où on s’attendrait à la voir en jolie blonde un peu fragile. Stéphane Debac est exceptionnel de justesse, ce type se fond dans son personnage tout entier, ça en ferait presque froid dans le
dos ! On croise également un Sergi Lopez très convaincant ou encore un Zinedine Soualem un tantinet caricatural mais bien carré dans son rôle. Et puis bon,
Caterina Murino enchante de sa beauté la pellicule tout au long du métrage, dans un rôle secondaire mais au combien important. Cela dit, en ce qui la concerne je suis conscient de ne pas être le
type le plus objectif du monde : c’est simple, même dans ce truc tout raté qu’est la récente série XIII, j’ai aimé la voir...
Et puis comme Dupontel n’est pas Tom Cruise et que c’est un grand enfant un peu casse-cou qui aime n’en
faire qu’à sa tête, il a pu se la jouer Bébel sur le tournage, et ainsi se permettre d’effectuer lui-même toutes les cascades qu’a nécessité son rôle. Et il y en a quelques unes
pas piquées des hannetons. Entre le toit des trains, les sauts dans le vide du second étage ou encore la baston sauvage en prison, Dupontel a eu tout loisir de mettre à profit sa formation de
gymnaste (et il a de beaux restes le saligaud).
Pour résumer tout le bien que je pense de La Proie je ferais donc une petite checklist :
acteurs convaincants et convaincus
scénario bien ficelé et sans temps mort
action menée tambour battant
mise en scène à la fois réaliste et efficace
Bref, tout y est pour faire de ce film de genre une vraie réussite, dans un secteur du cinéma français (le film d’action) qui n’en connaît pas tant que ça.
Merci Éric Valette, merci Albert Dupontel.
Good job.
10, 20, 50, …
Encore une série.
10, 20, 50, …
Souffler, respirer, recommencer.
10, 20, 50, 100.
Ça devient plus difficile.
Les bras se font lourds. La peau rougit et se tend sous l’effort.
10, 20, 50, 100.
Encore une. Se reposer un instant, souffler lentement, chercher l’air frais.
La fonte monte et descend dans un mouvement rapide. Ralentir c’est s’arrêter.
Les avant-bras durcissent. Les épaules souffrent. Les muscles tétanisent et crient leur refus de continuer.
10, 20, 50, 100, 150.
De plus en plus dur.
C’est tellement lourd à porter. La fatigue ne vient pas, c’est la lassitude de l’esprit, l’épuisement du corps qui prennent
sa place. Mais la fatigue ne viendra pas. Elle ne vient jamais. La transpiration aussi se fait désirer. Au lieu de cela une intense sensation de chaleur et d’étouffement.
10, 20, 50, 100, ...
Il faut arrêter.
Le rythme cardiaque se calme. La chaleur insoutenable prend le front et les tempes d’assaut, les bras pendent comme deux
branches de bois raides.
Dans le miroir pourtant rien ne change. L’œil reste insatisfait, il continue de voir ce qu’il n’aime pas.
La rage reste là. La colère ne s’altère pas. Juste plus assez de force pour s’exprimer, alors elle fait moins de difficultés
pour se taire.
Allez, dernier essai : 10, 20, 50, 100, 200.
Las.
Les tonnes ont défilé, le corps a encaissé, l’esprit est las. Anesthésié, pas endormi. Réduit au silence, pas
apaisé.
L’eau de la douche est agréable, mais lever les bras pour atteindre le pommeau relève de la torture.
Il faudra recommencer. Plus fort. Plus dur. Plus longtemps. Sans la moindre envie, mais par nécessité. Pour ne pas que le
noir explose. Le refouler aussi loin que possible. Vaincre et gagner un jour de plus.
Il y en a qui soulèvent des haltères par plaisir.
Le plaisir de se regarder prendre du volume. Gonfler ses muscles et s’admirer dans le miroir. Frimer. Atteindre leur
définition du beau.
Pas moi.
C’est parce que je n’ai rien trouvé d’autre pour expulser ce qui doit l’être.
Ce n’est pas la solution parfaite, mais pour l’instant, ça fonctionne.
Voilà un film qui avait tout pour m’intéresser et me plaire. D’abord c’est le nouveau film de Zach Snyder,
le réalisateur qui m’avait beaucoup plu avec son premier film L’Armée des Morts, complètement halluciné avec 300 et agréablement rassuré sur l’adaptation casse-gueule de Watchmen (bien que j’en suis conscient, ces trois films
comptent également des hordes de détracteurs aussi virulents que moi j’ai été conquis). Ensuite Sucker Punch a été clairement annoncé et revendiqué comme un film de geek pour les geeks
et complètement assumé en tant que tel. Autrement dit, c’est comme si Snyder promettait ouvertement : « vous avez aimé mes précédents films ? alors vous adorerez celui-ci ».
Ouais, ou pas.
Avant d’aller plus loin, je vais tenter de résumer ce qui se passe dans Sucker Punch… Accrochez vous, je ne garantis pas la limpidité du résultat, l’exercice s’avère
périlleux.
Tout commence avec une jeune fille, Baby Doll (Emily Browning), que son beau-père conduit
dans un hôpital psychiatrique comme on se débarrasse d’un colis encombrant. Sur place il s’arrange avec l’infirmier en chef (un véreux de la pire espèce) pour que Baby Doll reçoive un traitement
tout particulier : dans quatre jours, lors du passage du « High Roller » (Jon Hamm) (le supposément méchant médecin qui fait office de
croque-mitaine comme dans une histoire pour enfants) elle sera purement et simplement lobotomisée. Dans cet asile, le docteur Gorsky (Carla Gugino) fait suivre à
ses patientes des thérapies à base de musique et au cours desquelles elle les pousse sur une scène de théâtre à entrer dans des jeux de rôles au sein de mondes imaginaires qu’elles se créent.
Baby Doll, pour rendre son sort plus acceptable, imagine qu’elle est enfermée non pas dans un asile mais dans une institution de la belle époque, mi-bordel mi-cabaret façon Moulin Rouge.
L’établissement est tenu d’une main de fer par le directeur Blue Jones (l’infirmier joué par Oscar Isaac), et le docteur Gorsky y est la coach qui aide les
filles à préparer leurs numéros de danse qu’elles présentent aux clients. Baby Doll devient rapidement la star tant elle est douée pour la danse. En effet quand elle danse, elle hypnotise
l’assistance (au sens littéral) et entre elle-même dans un état second qui la fait glisser dans un niveau supplémentaire de rêve éveillé, dans lequel elle accède à des univers imaginaires
foisonnants de décors de toutes sortes et de dangers plus grands les uns que les autres. Des mondes dans lesquels elle est une héroïne invincible, maniant armes et arts martiaux comme personne.
Entraînant avec elle quatre autres pensionnaires devenues ses amies, Rocket (Jena Malone), Blondie (Vanessa Hudgens),
Amber (Jamie Chung) et Sweat Pea (Abbie Cornish), les filles vont naviguer de mondes en mondes pour remplir les missions que
leur confie un étrange sage / mentor (Scott Glenn). Chacune de ces missions est une quête d’un des quatre objets qui une fois réunis leur permettra d’atteindre leur but
ultime : parvenir à s’échapper de leur prison dorée…
Voilà, j’avais prévenu, c’est pas évident à résumer de façon claire et concise. J’essaie en encore plus court tiens :
une jeune fille est internée dans un asile. Elle modifie sa perception de la réalité et s’imagine dans un cabaret où l’on donne des revues de danse. Quand elle danse elle glisse encore dans une
autre réalité imaginaire qui la voit vivre toutes sortes d’aventures rocambolesques. L’objectif de chacune de ces aventures fabuleuses étant de réunir les objets nécessaires à leur évasion du
cabaret / asile où la jeune fille et ses amies sont enfermées.
Mouais, je ne sais pas si c’est plus clair, là. Je vais essayer encore plus court : une jeune fille complètement barrée
s’imagine dans des aventures toutes plus incroyables les unes que les autres au terme desquelles elle pourra s’échapper de la réalité cauchemardesque qu’est sa vie.
Allez encore un essai : c’est un film où des nanas sexy mais un peu voilées de la toiture se coltinent avec toutes
sortes de méchants pas beaux pour arriver à gagner leur liberté.
Bon, dernière tentative : Zach Snyder se fait plaisir en mettant en scène des bombasses en tenues sexy qui se foutent
sur la gueule avec toutes sortes de monstres.
Voilà, là je le tiens mon résumé, c’est ça en fait !!
Parce que j’ai repensé au film. J’ai cherché sur internet où j’ai trouvé des tas d’analyses qui vont du « c’est nul j’ai
rien compris » à des rapports détaillés de chaque plan et qui concluent en criant au génie incompris de l’auteur tant le film serait gorgé de références insoupçonnés et de sens cachés (si ça
en intéresse certains, voici l’adresse d’un site où chaque scène est décortiquée et qui
propose une lecture du film fort intéressante bien qu’un peu alambiquée à mon goût personnel…). Et en fait rien de tout cela ne m’a vraiment convaincu. Que Zach Snyder ait voulu un film plus
compliqué qu’il n’y paraît à sa vision première cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour moi. Qu’il ait réussi à s’exprimer clairement c’est déjà une autre paire de manches. Si vraiment le
réalisateur a voulu faire de son film un petit bijou d’orfèvrerie dans le domaine de la complexité, il lui a manqué un certain talent de vulgarisateur et de conteur pour que le spectateur lambda
(autrement dit moi, qui n’ai pas suivi d’études en troisième cycle de psychologie) ne se sente pas perdu dès que le film bascule dans l’environnement cabaresque (et je ne parle même pas de la
suite). Chose qu’avait particulièrement bien réussi à faire Christopher Nolan avec ses différents niveaux de conscience dans l’excellent Inception.
Car à la complexité des non-dits, métaphores et symboles qui sont sensés émailler Sucker Punch, Snyder ajoute une
difficulté supplémentaire en se tirant tout seul une balle dans le pied déjà lui-même bien comprimé par la basket de l’incompréhension (si vous avez compris ce que j’ai voulu dire dans cette
phrase vous avez vos chances avec le film). Paradoxalement c’est le concept même du film qui joue contre lui, contre l’aspect complexe et cérébral qu’on veut lui accoler. Le concept (en tout cas,
c’est comme ça qu’on nous l’a vendu) c’est celui d’un film de geek pour les geeks comme je le disais en préambule. Autrement dit un film où on va faire la part belle à l’action spectaculaire et
aux références à la pop culture. Cahier des charges parfaitement rempli du reste, chaque mission des filles se déroulant dans des mondes multi-référencés.
On a pêle-mêle dans ce film : des samouraïs géants, un moine shaolin qui parle par énigmes, un dragon cracheur de feu
qui combat un bombardier B-25 dans les airs, une armée d’orques en furie, des zombies allemands dans des tranchées de la première guerre mondiale, des mechas japonais géants, des robots high-tech
de combat, une bombe nucléaire dans un train à grande vitesse en suspension, des combats au sabre, des mitraillettes lourdes, des zeppelins qui prennent feu au-dessus d’un Paris Steampunk, une
prison de femmes qui n’accueille que des bombes, des guerrières en petites jupettes d’écolières avec des gros flingues, … j’en passe et j’en oublie à coup sûr. Bref, on a dans ce film à peu près
tout ce qui plait à un geek, piochant allègrement dans la Science-Fiction, le Fantastique, l’Heroic-Fantasy, le film de guerre, les jeux vidéo (avec cette impression de passer au niveau supérieur
d’un jeu de plateaux pour chaque nouvelle mission des filles), les animes japonais, le tout arrosé d’une bonne dose de fantasmes masculins et de jolies filles ultra-sexy.
Ce bain foisonnant d’action débridée et de décors sans limite de lieu ni de temps donne au film un côté certes très
impressionnant et jouissif mais aussi un aspect très premier degré qui ne sied pas aux ambitions intellectualisantes qu’on veut bien prêter au film. Ça fait gros film de bourrin, super bien foutu
et carrément décoiffant, mais film de bourrin quand même.
Et l’argument qui veut que les clés du film se trouvent également en partie cachées tout du long des titres choisis pour la
bande son (on y croise entre autre Eurythmics, les Pixies, Björk, The Smiths, …) est certes intéressant lui aussi, mais pas
forcément plus probant et convaincant que le reste des indices semés ça et là dans le film.
Autre aspect un peu décevant du film, c’est sa relative timidité, voire sa sagesse dans tous les domaines qui auraient pu
faire du film une vraie œuvre dirty et vraiment décomplexée. Pas de sang, pas de sexe (les filles sont toujours sexy certes, mais toujours de façon, comment dire, très propre, très contenue,
paradoxalement : de façon très sage !) et pas d’injures pour plaire aux sacro-saintes instances de la censure américaine. Le film doit pouvoir être vu par les jeunes spectateurs et ça
se sent un peu trop, le contexte aurait tellement prêté à un peu plus se lâcher de ce point de vue là que c’en est dommage.
Cela dit, Snyder promet une version uncut pour la sortie dvd, avec pas loin de 20 minutes de scènes coupées (dont paraît-il une de sexe entre Emily Browning et le sous-exploité Jon Hamm, et qui serait certainement intéressante à voir) qui devraient mettre du piment au film selon ses propres dires… wait & see.
Pour sa première réelle œuvre de créateur (ses autres films étaient tous des adaptations d’œuvres existantes), Zach
Snyder aura certainement voulu trop en faire. Cumuler son savoir faire et son envie de toucher à tout. Remarquez, c’est bien d’avoir de l’ambition. C’est bien aussi de connaître ses
limites.
Car si Sucker Punch pêche, c’est très clairement d’un manque d’écriture. Pour ce qui est du visuel et de la mise en
scène, Snyder a ses fans comme ses détracteurs acharnés (moi je suis plutôt réceptif à son style même s’il en fait un chouïa trop par moment), mais on ne peut pas lui ôter qu’il a un style bien
reconnaissable et pour le moins efficace quand il s’agit de créer des images icôniques et spectaculaires. On peut le détester pour son usage parfois abusif du ralenti par exemple, mais on ne peut
pas lui nier un véritable sens de l’image qui marque. À mon sens, Snyder est très certainement ce qui est sorti de plus intéressant de l’école des réalisateurs issus des clips et des codes à la
MTV et consorts.
Snyder débute en tant que scénariste, Sucker
Punch en est le témoin malheureux. Les plus médisants iront certainement même jusqu’à dire que le bonhomme n’est tout simplement pas fait pour l’exercice de l’écriture. Moi ce que j’en dis,
c’est que c’est lui qui va diriger la prochaine adaptation de Superman au cinéma, pour laquelle il sera canalisé à la production et au scénario par les frères Nolan. Et un type
qui a sa pâte visuelle avec des raconteurs d’histoires de la trempe des Nolan, ça augure du bon…
Il y a des petits films qui passent relativement inaperçus, et qu’on chope comme ça presque au hasard en regardant le
programme télé du soir. Et parfois on tombe sur une petite perle, totalement inattendue. The Invention of Lying, de Ricky Gervais est de ceux là.
Je ne connais quasiment pas Ricky Gervais, je savais juste qu’il est à l’origine de la série britannique The Office (qui a vu
une version américaine désopilante avec Steve Carell à sa tête, et même une éphémère –et néanmoins très bonne- version française avec François Berléand dans le
rôle principal), et puis tout dernièrement qu’il avait créé la polémique en tant qu’animateur-présentateur de la cérémonie des Golden Globes. À cette occasion il a réussi à se faire
détester par un maximum de monde (je parle des vedettes du cinéma) en un minimum de temps, en lâchant vannes sur vannes (des trucs très drôles mais pas toujours très classes) sur les people du
tout Hollywood.
C’est donc en quasi néophyte que j’abordais l’œuvre de l’énergumène en question.
Dans The Invention of Lying on suit l’existence d’un type plus qu’ordinaire, Mark Bellison (Ricky
Gervais). Bien que contemporain, le monde dans lequel il vit a ceci de particulier que le mensonge et l’hypocrisie n’y existent tout bonnement pas. Chacun dit toujours la vérité et ce qu’il pense
sincèrement. Mark n’a pas le physique d’un playboy, un peu grassouillet, pas très beau, il sait qu’il n’a que peu de chance de plaire à la belle Anna McDoogles (Jennifer
Garner) dont il est pourtant raide dingue. D’ailleurs cette dernière ne cesse de le lui répéter : il n’est physiquement pas à la hauteur de ses attentes légitimes, contrairement à
son rival professionnel Brad Kessler (Rob Lowe). Amoureux éconduit, sa situation va encore dégénérer lorsqu’il se fait renvoyer de son boulot de scénariste pour
une société de production de films. Empêtré dans ses soucis financiers, personnels et sentimentaux, une alchimie extraordinaire va s’opérer dans le cerveau de Mark qui va alors avoir une idée
aussi saugrenue qu’inédite pour s’en sortir : il va mentir ! Devenu le seul être au monde capable de mentir, il va faire tourner la roue du sort en sa faveur, son entourage étant
psychologiquement incapable ne serait-ce que de conceptualiser la notion de mensonge. Cependant Mark n’est pas un mauvais garçon, s’il ment et qu’il en tire de petits bénéfices, il va surtout
user de ce tout nouveau stratagème pour essayer de faire du bien autour de lui et rendre les gens heureux. Mais c’est bien connu, l’Enfer lui-même est pavé des meilleures intentions…
Bon, j’en dis un peu plus qu’un simple résumé sur ce film, mais c’est parce que le thème est propice à pas mal de réflexions
que j’ai trouvées intéressantes, et auxquelles je ne m’attendais pas du tout dans une petite comédie sans prétention de ce genre. Aussi je risque de spoiler un peu le déroulement du film (sans
non plus tout dévoiler), à vous de voir donc si vous voulez lire ce qui suit…
Dit comme ça, un « monde sans mensonge » ça n’est pas folichon. Mais mis en images par Ricky Gervais, l’idée prend
tout son sel et cela devient vite savoureux ! Tout du long du film, Gervais met malicieusement dans la bouche de ses personnages ce que dans la « vraie vie » (la nôtre en somme) on
penserait tout bas. Et cela donne des choses percutantes, drôles, inattendues au premier abord mais parfaitement à leur place dans ce contexte du « toute la vérité rien que la vérité ».
Car il n’y a pas que le mensonge qui soit banni de ce monde, l’omission l’est tout autant ! Bref, chacun dit aux autres ce qu’il pense d’eux, même si on ne demande rien ! Ainsi quand
Mark invite Anna au restaurant, le serveur se présente en précisant d’emblée qu’il est mort de honte de travailler dans un restaurant aussi mauvais, et après s’être enquis des liens de parenté de
Mark et Anna (« vous êtes son père ? son frère ? son cousin ? ») lui assène juste avant de prendre leur commande un « laissez tomber vous n’êtes pas à
la hauteur » tout ce qu’il y a de plus sincère. Dans le même genre, la pub à la télévision pour une marque de soda bien connue vaut son pesant de cacahouètes…
D’ailleurs, on peut également s’étonner en premier lieu du métier de Mark. Comment être scénariste pour le cinéma dans un
monde où le mensonge n’existe pas ? C’est très simple en fait. Les seuls films produits sont à caractère historique. Et les acteurs sont en fait des conteurs qui lisent des scénarios tout
droits sortis des livres d’Histoire, assis dans un fauteuil face caméra (captivant n’est-ce-pas ?).
Mais Ricky Gervais ne se contente pas de son contexte original pour jouer uniquement sur l’humour, il va plus loin, il ose
s’aventurer dans d’autres domaines que la comédie pure. C’est tout naturellement qu’il en arrive à la question de la religion… Car dans son récit, puisque le mensonge n’existe pas… la religion
n’existe pas non plus ! Bref s’il ne le dit pas expressément il nous laisse clairement imaginer ce qu’il pense de la religion. Et Mark, avec son don du mensonge (et pour élargir un peu, sa
capacité à inventer des choses qui n’existent que dans son esprit) va donc tout simplement créer de toute pièce une religion ! Incroyable que ce soit dans une petite œuvre de comédie que je
retrouve ma propre conception de la religion : des croyances exploitées et couplées à des règles dictées par des hommes à d’autres hommes, créant entre eux un rapport de pouvoir. Bon, fin de
la petite digression sous forme de réflexion personnelle, j’en reviens plus directement au film.
Ce qui est amusant, c’est de voir comment il va en arriver là, par quel cheminement de pensée les choses vont s’enchaîner,
avant de complètement lui échapper. Car encore une fois, tout part d’un bon sentiment : Mark est appelé au chevet de sa mère mourante, et devant la vieille femme apeurée par la mort
imminente et l’inconnu du néant, il lui raconte pour la rassurer qu’il y a une vie après la mort, pleine de joie et de bien-être (le paradis chrétien revu et corrigé sauce Gervais). Et la vieille
femme, incapable d’imaginer que Mark invente tout cela, le croit bien évidemment, et meurt rassurée, presque heureuse grâce à lui. Tout cela en serait resté là si le personnel de l’hôpital
n’avait pas entendu Mark raconter son conte de fée à sa mère mourante. Car eux aussi sont incapables de penser qu’il puisse mentir (le mensonge n’existe tellement pas, que le mot même et sa
définition n’existent pas), et bien vite la nouvelle qu’il y a une vie après la mort va se propager et faire les grands titres des journaux du monde entier !
Alors attention, tout intéressant qu’il est, The Invention of Lying n’est pas dénué de défauts pour autant. En
premier lieu, il est beaucoup plus drôle au début que dans sa seconde partie. Il est également assez prévisible en ce qui concerne sa conclusion. Et puis par moment il y a des passages mielleux,
limite gnians-gnians qui ne sont pas sans rappeler les comédies sentimentales à l’eau de rose. Sans parler des rapprochements inévitables avec la religion judéo-chrétienne et sa morale
bien-pensante du fait de ressemblances parfois un peu trop appuyées, qui auraient pu être évitées.
Mais de manière générale j’ai trouvé ce film enthousiasmant, surtout devant la somme de réflexions qu’il traîne et entraîne
dans son sillage. En particulier, l’idée que la vérité, l’honnêteté, la sincérité, qui sont des qualités pourtant unanimement plébiscitées, puissent être aussi le décor d’un véritable enfer sur
terre. Gervais s’amuse à le démontrer tout au long du film, quand il fait dire à ses personnages les pires horreurs sous couvert de dire la vérité. Et a contrario, il parvient à démontrer les
qualités cachées et insoupçonnées de défauts pourtant caractérisés tels que le mensonge et l’hypocrisie. Vivre en ne disant que la vérité, et surtout en ne cachant rien de ce qu’on pense, dans un
monde où tout le monde se comporterait ainsi, le voilà le véritable Enfer… l’auteur aura au moins réussi à démontrer que pour être vivable, la vie doit comporter son lot de mensonges et de
non-dits. Bref, il bat en brèche le tout-blanc / tout-noir qu’on a l’habitude de nous servir dès lors qu’on parle de bien, de mal, de morale ou de religion…
À voir.
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